[Par Christiane Herman]

« En prenant pour point de départ la photosynthèse – processus fondamental de production de matière organique, comme le montre implicitement l’équation complète de la formation du glucose et des composantes annexes, la plante – et l’arbre de façon amplifiée grâce à son caractère pérenne et à son occupation de l’espace – guide et recompose quatre grands flux : énergétique, gazeux, hydrique, ainsi que celui des matières minérales et organiques.

Il est important de rappeler ici, que l’arbre est en mesure de gérer ces flux avec une ampleur inégalée grâce à sa stratégie de croissance le distinguant des plantes annuelles. Le cambium, source de couches d’accroissement et d’étapes successives, permet de ne pas repartir chaque année du niveau du sol, mais de « construire sur du déjà-construit ». Ceci est lié à une phase de reproduction sexuée tardive et non exclusive, après une phase végétative prolongée. Un tel mode de croissance a été rendu possible par l’ « invention » de la lignine, un genre de ciment organique résistant à la compression, venant s’ajouter à la cellulose et donnant accès aux formes autoportantes de la vie terrestre. »[1]

Valeurs pondérales de l’équation de la photosynthèse appliquée au cas du bois (composition chimique moyenne) {Zimmer & Wegener 1996} :

1851 kg CO2 + 1082 kg H2O >> 1000 kg de bois + 1392 kg O2 + 541 kg H2O

« Pour chaque tonne anhydre de bois élaborée par l’arbre, une masse de 1,851 tonne de CO2 gazeux est soustraite à l’atmosphère, allégeant d’autant l’effet de serre suivi du réchauffement climatique qui préoccupe actuellement l’humanité. Il s’agit là d’un processus « puits de carbone » persistant aussi longtemps que le bois n’est pas brûlé ou décomposé, relâchant alors une quantité analogue de CO2, dans l’atmosphère. » (p. 64).

La photosynthèse, c’est hydrolyse de l’eau avec production de « nouvelle eau » !

Pourquoi parler « tonne de bois anhydre » ou « tonne matière sèche  = tonne m.s.» ? De 1964 à 1974 eut lieu le premier programme de recherche au niveau de la biosphère- le Programme Biologique International[2] – le PBI. Pour pouvoir comparer les productivités (kg / m2 par an) et biomasses (kg / m2) des milieux aquatiques et des milieux terrestres, les écologistes furent obligés de s’exprimer en biomasse sèche – en masse de matière organique sèche (bois ou méduses). Pour notre malheur, les Français et les Belges passèrent à côté du PBI. Ainsi la valeur pondérale d’une équation chimique, qui est du programme d’humanité, chez nous, ne fut même pas appliquée à l’élaboration par photosynthèse d’une tonne de bois. Vous l’aurez compris, le livre de Zürcher est incontournable pour qui s’intéresse au changement climatique et à nos pratiques conventionnelles. En plus des quatre grands flux cité ci-dessus, Zürcher aborde le rôle planétaire sur le climat du bassin amazonien ainsi que son fonctionnement ; l’arbre maître des sols, etc… Rares sont les livres qui osent parler de « l’arbre individu, colonie et forêt » parce qu’il nous dépasse.


[1] Ernst Zürcher, Les arbres entre visible et invisible, S’étonner, comprendre, agir. Préface de Francis Hallé, Postface de Bruno Sirven, Actes Sud, 2016, pp. 180-181.

 [2] W. Matthey, E. Della Santa, C. Wannenmacher, Manuel pratique d’écologie, Payot, 1984.


Laisser une réponse

Accueil