La dette cachée de l’économie

Renaud Duterme, Éric De Ruest,  (Paris : Les Liens qui libèrent, 2014)

Ce lundi 31 mars, le journal Le Soir consacre une pleine page au deuxième volet du rapport du GIEC. Les eaux montent. Les terres disparaissent. Les nappes phréatiques s’assèchent. Et la production alimentaire diminue alors que le nombre de bouches à nourrir augmente. Certes, les catastrophes naturelles n’arrangent pas les choses, mais d’autres causes structurelles ne sont même pas évoquées. Tout d’abord l’accaparement des terres arables qui a commencé en Europe à la fin du Moyen Âge (quand les propriétaires terriens expulsent des communautés villageoises), s’est accéléré avec la colonisation européenne du ‘nouveau monde’ et ses cultures d’exportation et se poursuit allègrement sous l’égide de multinationales de l’agroalimentaire, voire de l’agroénergie. Résultat : les paysans dépossédés soit vendent leur force de travail et se retrouvent à cultiver, disons, du colza transgénique pour une bouchée de pain frelaté, soit vont s’entasser dans les bidonvilles où la misère engendre la violence du désespoir. Autre cause plus récente : la généralisation de l’utilisation d’engrais et de pesticides de synthèse dans des monocultures industrielles dont il est aujourd’hui prouvé qu’elles détruisent les sols et assèchent les réserves d’eau douce.

C’est de cela qu’il est question dans ce petit livre d’une admirable clarté tant dans l’écriture que dans la structure. Il déploie pour nous les différents volets de la ‘dette écologique’, cette dette contractée par un système productiviste basé sur le profit envers la planète, certes, mais surtout, partout, envers ceux qui ont été dépossédés, ceux qui meurent de faim ou de malnutrition ou de l’une ou l’autre de ces maladies provoquées par la pollution, quand ce n’est pas brutalement, dans quelque catastrophe prévisible et non prévenue, comme Bhopal 1984 ou Fukushima 2011.

En gros, nous savons tout ce que nos auteurs expliquent ici, mais ils ajoutent des détails, des références (leur bibliographie, elle aussi, est admirable), et un regard exhaustif sur les problèmes que nous avons créés.

Ainsi l’inventaire des raisons de dénoncer le nucléaire, qui se prétend ‘énergie propre’, est-il particulièrement complet : problème lancinant des déchets, extrême dangerosité, coût social et environnemental de l’extraction d’uranium (dont les réserves s’épuisent), coût financier socialisé, consommation d’eau douce, coût énergétique ahurissant (il requiert plus d’énergie qu’il n’en produit), renforcement du complexe militaro-industriel (144-47). Ce réquisitoire s’inscrit dans un chapitre qui relève les différents effets d’aubaine que peut représenter la crise écologique pour le capitalisme, à commencer par les crédits carbone, ingénieusement mis en place par Al Gore et ses amis de Goldman Sachs au moment om il lançait le film Une vérité qui dérange ; les agrocarburants, qui s’avèrent être une abomination sur tous les plans, même le rejet de CO2 ; la géo-ingénierie (notamment le déversement en haute altitude de particules d’aluminium et de soufre : une autre bombe à retardement.

Le chapitre sur le pétrole inclut une liste de marées noires en Europe, les conséquences environnementales et sociales de l’exploitation de l’or noir, son impact politique (l’Irak, bien sûr, mais déjà Mossadegh en Iran en 1953) et l’aberration que constitue la fracturation hydraulique pour libérer le gaz de schiste.

Un autre chapitre glaçant détaille le rôle des guerres, par les dépenses militaires et les destructions, mais aussi par l’utilisation de poisons puissants, de l’ypérite à l’Agent orange. Mais l’agriculture mondialisée, sous la vocable attrayant de ‘révolution verte’ n’est pas en reste d’épandages toxiques.

Afin de poursuivre cette mise à sac, les puissances économiques et financières (qui peuvent compter sur un relais politique et médiatique par un système complexe de prébendes, de pantouflage, ou simplement de lavage de cerveau) utilisent l’arme de l’endettement. L’annulation des dettes illégitimes devrait donc être un de nos premiers objectifs. S’il faut modifier notre façon de consommer, rien ne sera possible sans aller à la racine du problème,la recherche du profit.

Bon c’est le printemps, les merles chantent, le cerisier est en fleur. (Tiens, vous avez

remarqué aussi, il y en a de moins en moins, des merles…)

 

 


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