Arrêtons une politique de crise néolibérale – dépossédons ceux qui en profitent !

Nous vivons la crise la plus grave du capitalisme depuis la grande dépression des années 1930 – et les gouvernements européens ne font que l’approfondir. D’emblée, en s’opposant à une solution solidaire, certains gouvernements ont provoqué son exacerbation, en particulier le gouvernement allemand. Dès 2009 il prônait des mesures d’austérité. Le “frein à l’en-dettement” a été gravé dans la constitution : pétri d’idéologie néolibérale, le politique sape son propre pouvoir. Les mesures d’austerité prises dans plusieurs états de l’UE portent surtout atteinte aux salariés, aux retraités, aux chômeurs et aux indépendants, alors que les grosses fortunes, les banques et les grandes entreprises sont épargnées. Au printemps 2010, le gouvernement allemand a bloqué l’aide à la Grèce provoquant une augmentation de la dette grecque. Les prêts s’accompagnaient d’exigences qui ne pouvaient qu’approfondir la crise. Par exemple, la réduction du salaire mininum n’a pas entraîné davantage de “compétitivité” puisque la Grèce ne produit guère pour l’exportation. En revanche cette réduction a encore plus limité le marché intérieur. Cet exemple montre que la crise actuelle sert à redistribuer la richesse au profit du capital, peu importe les conséquences macro-économiques et sociales. Les salaires grecs ont diminué de 20 à 30%, des centaines de milliers de travailleurs perdent leur emploi, plus de 10000 écoles sont fermées, les hôpitaux manquent de médicament, les enfants ont faim. Des perspectives semblables se profilent pour le Portugal et d’autres pays européens.

Une fois de plus, des politiques néolibérales dont l’échec est patent sont poussées à l’extrême. Ainsi l’objectif du “pacte budgétaire”, accepté par les chefs d’état ou de gouvernement de 24 états de l’UE le 2 mars 2012, est de rendre les politiques d’austérité néo-libérales juridiquement contraignantes. Un “frein à l’endettement” copié sur le modèle allemand va être imposé un peu partout en Europe. Les déficits budgétaires nationaux ne peuvent plus dépasser 0,5% du PIB. Ce plan ne tient pas compte du fait que le “Pacte de Stabilité et de Croissance” accepté par l’Union européenne économique et monétaire dans les années 1990 qui autorisait un déficit budgétaire de 3% du PIB n’a pas pu résister à la réalité des crises produites par le système capitaliste. Le “Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance dans l’Unione économique et monétaire” (titre officiel du pacte budgétaire) n’est pas seulement le résultat d’une conspiration néolibérale : il prépare des vagues de privatisations, de destruction d’emplois, de restriction des services publics, de dégradation sociale et de réduction de salaires, ceci au plus grand bénéfice d’un petit groupe de capitalistes. Ce sont surtout les gouvernements français et allemands qui ont poussé la mise en oeuvre de ces politiques de destruction, suivis par presque tous les autres, parce que partout il existe une coterie de personnes qui profitent d’une pression croissante sur la population.

Les politiques de crise minent la démocratie. En Grèce et en Italie, des gouvernements de “technocrates” ont été mis en place pour “rassurer les marchés”. Ces gouvernements prennent des décisions lourdes de conséquences sans disposer de la légitimité des urnes. La proposition de tenir un référendum sur les mesures d’austérité en Grèce a été promptement écrasée par les puissances internationales. Voter perd toute signification si les grands partis proposent à peu près les mêmes politiques, comme on l’a vu en Espagne et au Portugal. Les décisions se prennent au niveau de l’UE sans contrôle démocratique. De plus nous remarquons avec inquiétude l’émergence de mouvements nationalistes, racistes et fascistes.

Pourtant des alternatives existent, mais il faut d’abord bien comprendre l’origine de la crise.   La crise de la dette publique n’est qu’un aspect de la crise européenne actuelle, où les tensions de l’intégration européenne (développement inégal, une seule monnaie sans harmonisation sociale, économique et fiscale) viennent renforcer la sur-accumulation structurelle du capital. Il y a trop de capital au regard des possibilités restantes d’exploiter les travailleurs et l’environnement.

Une stratégie alternative pour s’attaquer à la crise doit comprendre les éléments suivants :

– Pas de ratification du Pacte budgétaire

Le Pacte budgétaire, qui entraîne une perte supplémentaire de démocratie, engage les pays à appliquer des politiques néolibérales et renforce la crise.

– Annulation des dettes publiques

Un audit citoyen de la dette doit déterminer à quelle fin les emprunts ont été contractés et qui sont les créanciers. Les dettes de l’un sont la richesse de l’autre. L’épargne et les droits à la pension de la population doivent être préservés mais il faut annuler le remboursement des grosses fortunes, des banques, des fonds spéculatifs et des grandes sociétés.

– Nationalisation des banques

Les banques qui ont été sauvées grâce à le l’argent public doivent être nationalisées et placées sous contrôle des citoyens.

– Redistribution radicale des revenus et de la richesse

Il faut instaurer une taxe sur les transactions financières, augmenter l’imposition sur les placements, restaurer un impôt sur les grosses fortunes, et une plus grande proportionnalité dans l’impôt sur les revenus, ceci afin d’assurer à l’état des rentrées stables permettant de financer les allocations sociales, des investissements socialement et environnementalement nécessaires et de combattre la pauvreté.

– Mettre au terme au chômage de masse

Le chômage de masse et les bas salaires contribuent à un surplus de capital. Le chômage ne peut être combattu que par une réduction radicale du temps de travail.

– Démocratiser la démocratie

Il faut renforcer la démocratie à tous les niveaux, surtout au niveau européen, mais aussi dans la sphère économique. La démocratie ne doit pas s’arrêter aux portes des usines ou des banques, laissant le pouvoir à ceux qui disposent des moyens de production.

Le “Printemps arabe”, le mouvement des “Indignés”, les grèves et manifestations en Grèce et le mouvement mondial “Occupons…” qui est parti des États-Unis, sont autant de sources d’espoir. Il est grand temps de renforcer nos résistances. C’est pourquoi nous annonçons les manifestations mondiales qui auront lieu le 12 mai, et les journées de manifestation européenne à Francfort (sur le Main) du 17 au 19 mai 2012.

Conseil scientifique d’Attac Allemagne


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