Depuis plusieurs décennies, les pays industrialisés voient une partie de leur production quitter leur territoire. Mais les conséquences de ces délocalisations ne se limitent pas aux fermetures d’usines et aux pertes d’emplois. Elles touchent également les finances publiques et la capacité des États à assurer leurs missions.
Dans cet article, l’économiste Élie Sadigh explique que la production de biens et de services est à l’origine des revenus, dont une partie alimente le budget de l’État par les impôts et les taxes. Lorsque la production augmente, les recettes publiques progressent et permettent de mieux financer les services publics, l’enseignement, la recherche ou encore les infrastructures.
À l’inverse, la désindustrialisation réduit, selon l’auteur, les ressources de l’État. Celui-ci se retrouve contraint de limiter ses dépenses, de réduire ses investissements et parfois de sacrifier certains services au profit d’autres. Un cercle vicieux s’installe alors : la dégradation des services publics et le manque d’investissements compromettent à leur tour les possibilités de développement économique et social.
Pour Élie Sadigh, l’une des principales causes des délocalisations réside dans les taux de change entre les monnaies. Lorsqu’une monnaie est sous-évaluée, les produits fabriqués dans le pays concerné deviennent artificiellement moins chers à l’étranger, encourageant les entreprises à y déplacer leur production. Les pays désindustrialisés deviennent ainsi de plus en plus dépendants des importations.
Cette situation explique également pourquoi certains pays peuvent maintenir leur consommation malgré la baisse de leur production industrielle, grâce à des importations à bas prix. Mais ce mécanisme repose, selon l’auteur, sur des échanges internationaux déséquilibrés, au détriment des pays exportateurs.
Pour y remédier, Élie Sadigh plaide pour des taux de change fondés sur la parité des pouvoirs d’achat, afin de rééquilibrer les échanges commerciaux et de favoriser les relocalisations.
Son analyse soulève ainsi une question essentielle : comment préserver la capacité des États à financer les services publics et à répondre aux besoins de la population dans une économie marquée par les délocalisations ?

