[Par Guy Leboutte]

Résumé

Le texte analyse la réforme Arizona qui limite à deux ans la durée des allocations de chômage, en soulignant la violence sociale de cette mesure pour les personnes exclues et pour les finances communales, via le transfert massif vers les CPAS. Il montre comment cette réforme s’inscrit dans un fédéralisme « à l’envers » où l’État fédéral externalise ses difficultés budgétaires vers les Régions, les Communautés et surtout les communes, creusant les inégalités territoriales, en particulier au détriment de Bruxelles et de la Wallonie.

L’auteur démonte ensuite le discours officiel centré sur l’objectif de 80% de taux d’emploi, présenté comme un mantra technocratique qui occulte la qualité des emplois, la répartition des revenus et la réalité du marché du travail. En mobilisant les notions de taux d’emploi, de taux d’activité et de population active, ainsi que des données statistiques récentes, le texte montre que la réforme n’a guère de chances d’atteindre son but déclaré et sert surtout à sortir des dizaines de milliers de personnes des chiffres du chômage sans résoudre leur absence d’emploi.

S’appuyant sur les analyses du Collectif Solidarité Contre l’Exclusion, de Christine Mahy et d’Éconosphères, l’article souligne le paradoxe d’un État qui durcit les conditions d’accès aux droits sociaux tout en versant des montants colossaux d’aides publiques aux entreprises lucratives. Il insiste sur le glissement d’un système assurantiel (sécurité sociale) vers un système assistantiel (CPAS), amputant de fait la protection sociale tout en revendiquant un discours de « fin de l’assistanat » dirigé contre les chômeurs et autres allocataires.

Enfin, le texte discute l’impact budgétaire réel de la réforme : économies fédérales annoncées, mais coûts reportés vers les CPAS, hausse attendue de l’invalidité et risques de voir plus de personnes dépendre de l’aide sociale que du chômage indemnisé. Au-delà des chiffres, il interroge l’hégémonie d’un discours qui responsabilise les pauvres et déresponsabilise les riches, posant la question centrale de la répartition des richesses dans une société qui n’a jamais produit autant de richesse tout en générant autant de pauvreté.


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