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Saut d’index, passage en force : jusqu’où ira ce gouvernement ?

Notre gouvernement vient d’adopter l’“indexation en centimes”, contre l’avis d’une grande majorité de la population et surtout contre la volonté des forces actives patrons et syndicats. En clair, il s’agit d’un saut d’index partiel. Dès ce 1er juin 2026, l’indexation automatique est plafonnée pour les salaires supérieurs à 4.000 € brut.

On nous présente évidemment ça comme une mesure indispensable, ciblée et raisonnable. Mais il ne faut pas se tromper : il s’agit bien d’une mesure qui vise à casser un instrument de notre système économique qui fonctionne bien et qui permet de maintenir le pouvoir d’achat et donc un minimum de croissance économique. L’indexation automatique des salaires n’est pas un privilège. Ce n’est pas non plus un cadeau. C’est ce qui permet aux travailleuses et aux travailleurs de ne pas perdre trop brutalement leur pouvoir d’achat quand les prix augmentent. Ce n’est pas un outil de correction des inégalités salariales mais un outil pour contrer la dévaluation de la monnaie. Aujourd’hui, avec 1 euro — 40 anciens francs belges — on ne peut même plus s’acheter un pain. Voilà la réalité toute simple que les beaux discours budgétaires essaient de faire oublier. Cette mesure est une ineptie économique qui au lieu de réduire l’endettement public va l’augmenter !

Et ce qui est grave, c’est que cette mesure est prise contre l’avis d’une grande partie de la population, mais aussi contre les mises en garde des forces vives : syndicats et employeurs. Au Conseil national du Travail, les interlocuteurs sociaux ont souligné la complexité administrative du mécanisme et le fait qu’ils auraient dû être associés plus tôt à la discussion. Quand patrons et syndicats arrivent à dire ensemble qu’un système pose problème, il serait peut-être temps d’écouter ! Car sur le terrain, comment cela va-t-il se passer ? Prenons un exemple tout simple. Un employeur occupe une personne à trois-quarts temps. Cette personne a peut-être un autre travail ailleurs. Comment l’employeur doit-il savoir si l’indexation doit être complète ou limitée ? Sur quelle base ? Avec quelles informations ? Et pour les travailleurs dont les revenus varient selon les saisons, les primes, les horaires, les contrats successifs ? Un mois au-dessus de 4.000 €, un mois en dessous ? Sur l’année ? Sur le mois ? Sur l’équivalent temps plein ? Seul le fisc pourrait éventuellement à posteriori calculer le revenu mensuel total.

On prétend simplifier, mais on crée une usine à gaz. On introduit aussi de l’incertitude, du soupçon, de la paperasse, et probablement de nouvelles tentations de contournement : travail complémentaire moins déclaré, rémunérations transformées en factures, bricolages divers. Voilà comment, au nom de la bonne gestion, on fabrique du désordre !

Le système d’indexation existant actuellement a le grand avantage de ne pas être discriminant et de rassembler tous les travailleurs sur une protection identique de leur salaire qu’ils gagnent beaucoup ou peu. Le système proposé, essaie de diviser les travailleurs (salariés ou fonctionnaires) entre ceux qui gagnent plus et ceux qui gagnent moins. Et quand on commence à chipoter à la protection collective, on sait très bien comment cela finit : aujourd’hui les uns, demain les autres.

Et ce n’est pas un accident isolé. C’est une manière de gouverner.

On le voit aussi avec ce qui vient de se passer en Fédération Wallonie-Bruxelles, avec le vote sur l’enseignement. Là aussi, on retrouve la même manière de faire. On passe en force, on tord les règles, on presse le Parlement comme un citron, et tant pis si les délais ne sont pas respectés. Pourtant ces délais existent pour une raison : permettre de lire les textes, de les discuter, de comprendre ce qu’on vote. Pas juste lever la main quand la majorité l’a décidé.

Bien sûr on peut ne pas être d’accord sur l’enseignement. Bien sûr on peut discuter des budgets, des réformes, des économies à faire ou pas. Mais alors discutons vraiment. Pas en vitesse, pas à moitié, pas après avoir déjà décidé. Sinon ce n’est plus un débat démocratique, c’est une formalité administrative.

Et c’est bien cela qui devient inquiétant. Sur l’index comme sur l’enseignement, on voit la même méthode : on annonce, on impose, on explique ensuite que c’est nécessaire. Les syndicats ne sont pas contents ? Les enseignants protestent ? Les associations s’inquiètent ? Les règles parlementaires dérangent ? Pas grave, on avance quand même.

À chaque fois, on nous sert les mêmes mots : responsabilité, nécessité, courage politique, réalisme budgétaire. Mais enfin, le réalisme, c’est aussi de voir que casser le pouvoir d’achat ne crée pas de richesse. Que rogner les salaires ne va pas sauver les finances publiques par miracle. Que des gens qui ont moins d’argent dépensent moins, vivent moins bien, reportent des soins, s’épuisent, et qu’au final toute la société paie l’addition.

L’indexation n’est pas le problème. Le problème, c’est cette austérité qu’on nous vend depuis des années comme s’il n’y avait pas d’autre choix. Le problème, ce sont les cadeaux fiscaux qu’on ne remet jamais vraiment en cause. Le problème, c’est l’évasion fiscale qu’on dénonce dans les discours mais qu’on ne combat jamais à la hauteur. Le problème, ce sont les revenus du capital qu’on protège toujours mieux que ceux du travail.

Alors oui, opposons-nous à ce saut d’index, même “partiel”, même présenté comme raisonnable. Opposons-nous à cette manière de diviser les travailleurs entre ceux qui mériteraient encore d’être protégés et ceux qui devraient commencer à perdre. Et opposons-nous aussi à cette manière de gouverner : casser d’abord, discuter après, et encore, quand on ne peut pas faire autrement.

Parce qu’à force de casser l’index, de casser l’enseignement, de casser les règles démocratiques, de casser les solidarités, il faut bien appeler les choses par leur nom : nous avons affaire à un gouvernement de casseurs.

À nous de ne pas laisser faire !

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3 réponses à “Saut d’index, passage en force : jusqu’où ira ce gouvernement ?”

  1. Avatar de PUISSANT Daniel
    PUISSANT Daniel

    Voilà qui est bien envoyé!

  2. Avatar de Loix
    Loix

    fort éclairant merci

  3. Avatar de Loix
    Loix

    Très éclairant, merci

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