Voilà, après des mois de recours au Conseil d’État, qui remet des avis sur la conformité des textes proposés avec la Constitution, les normes en vigueur et les directives européennes, malgré des mois et des mois de manifestations virulentes de plus de cent mille citoyen·nes dans les rues de Bruxelles, malgré des propositions alternatives dûment motivées, malgré la pétition du front commun syndical (https://dekamer.mijnopinie.belgium.be/initiatives/i-1307), le gouvernement fédéral a fait voter sa loi-programme la nuit du 28 au 29 mai.
Or même d’un point de vue budgétaire, c’est une aberration. L’objectif affiché est de limiter les dépenses et d’augmenter les recettes, histoire d’atteindre le Graal d’un budget en équilibre. La mesure la plus visible est le saut d’index. Ah mais pas pour les petits revenus. C’est déjà ça, mais 4000 euros brut pour un temps plein, ce n’est pas non plus un haut revenu, et le seuil est modifié au prorata du temps de travail. Donc quantité de travailleur·euses, mais aussi de pensionné·es et autres allocataires sociaux vont voir leur revenu diminuer par rapport au coût de la vie.
Que va-t-il se passer ? Elles vont réduire leurs dépenses. Par conséquent, moins des rentrées via la TVA mais aussi une activité économique ralentie, sans doute des faillites, des licenciements, donc des pertes d’emplois, là où ce même gouvernement en promet davantage.
À ce propos, nous avons déjà souligné combien il est contradictoire d’exiger que chômeur·euses et malades de longue durée (!) trouvent un travail rémunéré tout en multipliant les flexi-jobs et en étendant la possibilité du travail étudiants, et en réduisant voire supprimant les aides à l’emploi.
Des propositions alternatives qui restent dans le cadre économique actuel ? Des bureaux d’étude et l’économiste Olivier Bonfond en ont élaborées : budget alternatif de la FGTB (octobre 2025) : 14 mesures pour 18 milliards ; Bonfond (janvier 2026) : 17 mesures pour 47 milliards
https://matribune.be/budget-alternatif/ ; budget alternatif de Minerva (janvier 2026) : 19 mesures pour 37 milliards https://static1.squarespace.com/static/580dffc9f7e0ab87773fc653/t/69788118414af634976a64de/1769505048656/2026-01-Alternatieve-begroting-FR.pdf ;
budget alternatif de la CSC (mars 2026) : 16 mesures pour 22 milliards https://linfo-csc.be/magazine/une-autre-politique-est-possible/alternatives-pour-un-budget-equitable/ ; budget alternatif du front commun syndical (avril 2026) : 14 mesures pour 21,2 milliards. Celui de Bonfond présente l’avantage de formuler les bénéfices attendus pour chaque mesure en deux colonnes : ceux que l’on peut raisonnablement escompter et une estimation basse.
À rebrousse-poil de la volonté suicidaire des gouvernements de droite qui sont les nôtres, voici quelques suggestions d’augmentation des dépenses qui, à terme, devraient s’avérer budgétairement rentables (reprises à Olivier Bonfond) :
> Remonter toutes les allocations au-dessus du seuil de pauvreté
> Mettre fin au statut de cohabitant
> Augmenter le nombre de professeurs, et améliorer leurs conditions de travail
> Augmenter le nombre de soignants, et améliorer leurs conditions de travail
> Investir dans tous les services publics
> Investir massivement dans le rail et les transports en commun
> Garantir le droit à un logement social bien isolé pour toutes les personnes y ayant droit, et à un logement décent pour toutes et tous
> Financer la culture
> Mettre en place une politique d’accueil digne de ce nom
> Investir dans la protection de l’environnement et dans un changement de modèle agricole.
(Pour sourire quand même un peu face à une situation qui ne s’y prête guère, un petit jeu, proposé par Olivier Bonfond dans son exposé du 27 mai, trouver les quatre aberrations dans cet énoncé d’Adrien Dolimont sur La Première, le 20 mai dernier : « Aujourd’hui, si on fait les mesures d’économie, ce n’est pas par dogmatisme. On le fait parce que c’est nécessaire. Si on ne fait rien, on risque de se trouver dans des situations que des pays ont connues où on a imposé des coupes drastiques sur les salaires des fonctionnaires, par exemple, des coupes drastiques sur les pensions, et ça, on ne veut absolument pas. »)


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