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Nouveau système bancaire : de la monétisation de la production au financement des investissements

[SADIGH Elie & PREVINAIRE Gérard]

Introduction

Les responsables politico-économiques pensent que les grands financiers sont nécessaires pour financer le développement de certaines entreprises et la création de nouvelles entreprises. Or, le montant du revenu de ceux qui participent à la réalisation de la production est un montant nécessaire et suffisant pour financer l’achat des produits de consommation et d’investissement réalisés dans le pays.

En outre, le revenu monétaire apparaît avec la production et disparaît lorsqu’il est dépensé sur le marché des produits de consommation et d’investissement. Par conséquent, l’existence de la monnaie après l’écoulement des produits est une anomalie due au fonctionnement du système bancaire actuel.

En fait, la monnaie nécessaire pour monétiser la production doit être émise par les banques. Le montant nécessaire (profit et épargne) pour financer les investissements passe aussi par elles. Ainsi donc, le système bancaire a la responsabilité de la monétisation de la production et de la gestion du financement des investissements.

L’un des principaux objectifs de cet article est d’établir que, pour monétiser la production et pour financer l’achat des produits investissement réalisés dans le pays, il n’est nul besoin de grands financiers.

Quatre départements bancaires

Le nouveau système bancaire aura 4 départements : 1° département monétaire, 2° département du revenu, 3° département des relations financières entre les ménages, 4° département des relations financières entre les entreprises et entre les entreprises et les ménages épargnants. Dans cet article, nous nous intéressons particulièrement au 1° et au 4° départements bancaires.

Département monétaire et monétisation de l’économie artisanale

Dans le nouveau système bancaire et dans l’économie artisanale, la monnaie émise par le premier département bancaire entrera dans l’économie par les artisans1 au moment de l’échange.

En effet, dans cette économie, l’artisan échange son produit (biens ou services) contre d’autres produits réalisés par d’autres artisans et obtient l’équivalent de son produit sous forme de revenu monétaire. Le profit n’existe donc pas dans cette économie. La monnaie émise intervient pour monétiser le paiement du prix d’achat du produit par l’artisan acheteur2 et elle mesure la production, c’est-à-dire le revenu monétaire de l’artisan vendeur au moment de l’échange. Le département monétaire émettra le montant de la monnaie demandée par les artisans qui doivent la destiner uniquement à monétiser leurs échanges. Ainsi, dès l’émission de la monnaie, sur le compte de ce département apparaît l’endettement monétaire des artisans et sur le compte du département du revenu apparaît le revenu monétaire des artisans. Lorsque les échanges sont terminés, les artisans considérés dans leur ensemble récupèrent le montant de la monnaie qui leur a permis de monétiser leurs échanges. L’arrivée sur le compte des artisans du montant récupéré par la vente de leurs produits vaut le remboursement de leur dette monétaire aux banques. Ainsi, dans cette économie, la monnaie émise apparaît pour monétiser les échanges et elle disparaît lorsque les échanges sont terminés.

Dès qu’un artisan est à la fois débiteur et créancier de la Banque, l’artisan partenaire dans l’échange est à la fois créancier et débiteur de la Banque. Cela signifie la fin de l’échange entre eux. À la fin des échanges, les soldes des comptes des artisans débiteurs du département monétaire sont transférés au département financier et les soldes des comptes des artisans créditeurs du département du revenu sont transférés au département financier. Car ce qui reste à la fin des échanges, ce sont les créances et les dettes qui apparaissent sur les comptes du département des relations financières entre les artisans. Dans une économie qui est à la fois artisanale et salariale, les créances et les dettes apparaissent, selon leur destination, sur les comptes du 3° et du 4° départements financiers des banques.

Département monétaire et monétisation de l’économie salariale

Dans le nouveau système bancaire et dans l’économie salariale, la monnaie émise par le premier département bancaire entrera dans l’économie par la rémunération des salariés. Cette rémunération monétise la production salariale, détermine le revenu monétaire des salariés et le montant de monnaie qui doit circuler dans une économie salariale. Le revenu monétaire ainsi formé représente la valeur monétaire des produits que les salariés ont réalisés. Par conséquent, le montant du revenu monétaire ainsi formé est un montant nécessaire et suffisant pour écouler les produits de consommation et les produits d’investissement réalisés dans une économie salariale.

Il apparaît clairement qu’il n’est nul besoin d’avoir un montant de monnaie préalable pour monétiser la production de l’économie artisanale ou de l’économie salariale. D’ailleurs, dans le nouveau système bancaire, lorsque tout le revenu monétaire est dépensé, il n’y a plus de monnaie vagabonde, monnaie qui reste indéfiniment dans l’économie et qui exerce un pouvoir d’achat illégitime chaque fois qu’elle est dépensée sur le marché des produits.

Département du revenu monétaire

Dès que le revenu est formé, son montant apparaît sur les comptes du département du revenu des banques. Lorsque tout le revenu est dépensé dans les achat finals, les entreprises considérées dans leur ensemble récupèrent le montant de la monnaie correspondant au montant de leur dette monétaire et remboursent le département monétaire. Ce qui reste lorsque tout le revenu est dépensé, ce sont les relations financières représentant les créances des épargnants et les dettes des emprunteurs (ménages et entreprises).

Troisième département bancaire : relations financières entre les ménages

Ce département fera l’intermédiaire entre les ménages épargnants et les ménages emprunteurs. Le montant des prêts de ce département sera limité au montant de l’épargne des ménages destiné aux autres ménages. Pour honorer leurs dettes, les ménages emprunteurs d’une période seront les épargnants dans les périodes à venir pour le montant de leur dette, augmentée du taux d’intérêt qui sera limité à l’évolution des prix durant la période de l’endettement et des primes de risque de non-paiement ainsi que des frais du fonctionnement de ce département.

Les ménages emprunteurs dépenseront sur le marché des produits une partie du revenu des ménages épargnants. Dès que les entreprises récupèrent le montant ainsi dépensé sur le marché des produits, elles sont désendettées, pour le montant qui reste de leur endettement monétaire vis-à-vis du département monétaire.

Quatrième département bancaire : financement des investissements

Sur les comptes de ce département apparaissent les profits des entreprises3 et l’épargne destinée aux entreprises.

Lorsque l’épargne destinée aux entreprises est nulle, le profit est maximal. Le montant du profit maximal réalisé par les entreprises considérées dans leur ensemble est un montant nécessaire et suffisant pour financer l’achat des produits d’investissement réalisés dans le pays.

Le profit n’est pas maximal lorsque l’épargne de certains ménages dépasse les besoins d’emprunt d’autres ménages. Le montant représentant la différence entre l’épargne de certains ménages et les besoins d’emprunt d’autres ménages détermine le montant de l’épargne destinée aux entreprises et le montant de la baisse du profit maximal. Dans ce cas, le montant du profit et le montant de l’épargne des ménages destinée aux entreprises représentent les montants nécessaires et suffisants pour financer l’achat des produits d’investissement réalisés dans le pays. L’épargne destinée aux entreprises doit être considérée comme un profit avancé qui doit être remboursé. En effet, les entreprises doivent réaliser des profits pour honorer leurs dettes.

Précision : dans le nouveau système bancaire, l’épargne destinée aux entreprises disparaîtra ou sera limitée. En effet, ce système écartera le fait de pouvoir gagner de l’argent avec de l’argent. Ainsi le taux d’intérêt versé aux épargnants sera limité au taux d’inflation.

Lorsque tout le revenu est dépensé par les salariés et par les emprunteurs (ménages et entreprises), les entreprises considérées dans leur ensemble récupèrent le montant de la monnaie qui leur a permis de monétiser la production dans l’acte de versement des salaires. Cette récupération vaut le remboursement de la dette monétaire des entreprises considérées dans leur ensemble vis-à-vis du 1° département bancaire. Ainsi, la dépense de tout le revenu fait disparaître le montant de la monnaie qui a monétisé la production dans l’acte de versement des salaires. Ce qui reste, ce sont les créances des épargnants et les dettes des emprunteurs, qui sont des relations financières. Par conséquent, le fonctionnement du nouveau système bancaire ne fera pas apparaître de monnaie vagabonde.

Il apparaît clairement qu’il n’est nul besoin de grands financiers pour financer l’achatdes produits d’investissement réalisés dans le pays.

Quatrième département bancaire et différentes situations des entreprises

Ce département gérera le profit et l’épargne destinée aux entreprises. Il aura une section d’étude de la situation des entreprises. En outre, le financement des investissements sera conditionné par le respect de la planète, de l’avenir du vivant et de ceux qui participent à la réalisation de la production.

A chaque période apparaissent plusieurs ensembles d’entreprises.

  1. Les entreprises du premier ensemble réalisent des profits qui sont suffisants pour financer leur achat des produits d’investissement réalisés dans le pays. Les entreprises de cet ensemble qui respecteront les conditions requises disposeront du montant de tous leurs profits pour financer leurs investissements.
  2. Les entreprises du deuxième ensemble réalisent des profits dont le montant est supérieur à leur besoin de financement pour financer l’achat des produits d’investissement réalisés dans le pays. Les entreprises de cet ensemble qui respecteront les conditions requises disposeront du montant de leurs profits dont elles ont besoin pour financer leurs investissements. Ces entreprises auront un excédent de financement qui apparaîtra sur les comptes du 4° département bancaire. Dans les périodes à venir, ces entreprises seront prioritaires pour obtenir un financement qui dépasse leur profit.
  3. Les entreprises du troisième ensemble réalisent des profits dont le montant est inférieur à leur besoin pour financer l’achat des produits d’investissement réalisés dans le pays. Ces entreprises ont un déficit de financement. Sous les conditions requises, ce déficit sera pris en charge par le 4° département bancaire.
  4. Les entreprises du quatrième ensemble réalisent des pertes sur une courte période. Durant cette période, ces entreprises, pour financer l’achat des produits d’investissement réalisés dans le pays, seront soutenues, sous les conditions requises, par le 4° département bancaire.
  5. Les entreprises du cinquième ensemble réalisent des pertes sur plusieurs périodes. Dans le cas où les produits de ces entreprises ne correspondent ni aux besoins des consommateurs ni aux besoins des entreprises, elles disparaîtront. Elles ne seront donc pas soutenues par le 4° département bancaire.
  6. Le montant des pertes de l’ensemble des entreprises déficitaires fait augmenter de façon égale le montant du profit réalisé par l’ensemble des entreprises excédentaires.
  7. Les entreprises du sixième ensemble (souvent nouvelles ou qui ne pratiquent temporairement que de la recherche et du développement) ne présentent pas leurs produits sur le marché avant plusieurs périodes. Durant ces périodes, elles n’ont donc pas de recette leur permettant de rembourser leur dette monétaire vis-à-vis du 1° département bancaire. Toutefois, la dépense des salaires versés par ces entreprises fait apparaître un surprofit dans l’ensemble des autres entreprises. Dans ce cas, le 4° département bancaire interviendra afin d’écarter le déséquilibre monétaire inflationniste, conséquence de la dépense sur le marché des produits du surprofit. A cette fin, ce département récupérera le montant du surprofit égal au montant des salaires émis par les entreprises concernées et le prêtera à ces entreprises pour leur permettre de rembourser le 1° département bancaire. Les entreprises concernées rembourseront ces prêts grâce aux profits qu’elles réaliseront à partir de la vente de leurs produits.

Ainsi donc, durant ces périodes et tant que les nouvelles entreprises ne présenteront pas leurs produits sur le marché, leur mise en marche sera financée par des prélèvements sur les consommateurs, cela du fait de la dépense du revenu des salariés de ces entreprises sur le marché des produits et donc de l’augmentation du prix des produits. Le montant de ces prélèvements est égal au montant du surprofit de chaque période.

Précision: l’État peut planifier la création et/ou le développement des entreprises prioritaires dans les domaines de la préservation de la nature et de la biodiversité, pharmaceutique, des énergies, des transports, des communications et de l’information, stratégique, de l’armement, etc.

Remarque importante : les nouvelles entreprises marchandes dont les produits sont en concurrence avec les produits importés ne pourront perdurer que si les taux de change sont déterminés dans le respect de la parité des pouvoirs d’achat.

Banque centrale

Dans le nouveau système bancaire, les principaux rôles de la Banque centrale sont de s’assurer que :

  1. dans une économie artisanale, la monnaie émise entre dans l’économie par les artisans ;
  2. dans une économie salariale, la monnaie émise entre dans l’économie par la rémunération de ceux qui participent à la réalisation de la production ;
  3. le profit et l’épargne destinés aux entreprises sont affectés à financer les investissements.

Conclusion

Le nouveau système bancaire met en évidence la source du financement des investissements, de l’amortissement du capital et de la création des entreprises.

Les investissements sont financés par le profit et par l’épargne qui doit être considérée comme un profit avancé qui doit être remboursé. Le profit représente une partie du revenu de ceux qui ont participé à la réalisation de la production captée par les entreprises. L’amortissement du capital est inclus dans le coût de production et donc dans le prix de vente. Le montant de l’amortissement du capital représente donc un prélèvement sur le revenu de ceux qui ont participé à la réalisation de la production. La création des entreprises, durant les périodes où elles ne présentent pas leurs produits sur le marché, est financée par les prélèvements sur le revenu de ceux qui ont participé à la réalisation de la production.

Ainsi donc, le financement du capital, de l’amortissement du capital et de la création des entreprises est prélevé sur le revenu des générations qui ont participé à la réalisation de la production.

1 Le terme « artisans » correspond à tous les travailleurs indépendants sans salariés ou travailleur isolé. Le travailleur indépendant qui a engagé un ou plusieurs salariés doit être assimilé à un travailleur salarié de son entreprise et doit s’attribuer un salaire périodique (cf. article n° 41. Application des règles de l’économie artisanale en pratique).

2 Tant l’artisan acheteur que l’artisan vendeur doivent posséder un produit issu de leur travail respectif : l’artisan acheteur ne peut pas se porter acquéreur du produit de l’artisan vendeur s’il ne possède pas lui-même le produit de son travail au moins équivalent en valeur au produit de l’artisan vendeur.

Le prix de vente du produit d’un artisan représente son revenu monétaire brut. Son revenu monétaire net est obtenu en déduisant de son revenu monétaire brut toutes les charges de son entreprise (le coût de matières premières et des énergies, des équipements, des services divers, des loyers des locaux, des intérêts bancaires, des cotisations sociales, des impôts et taxes, etc. liés à son activité) à l’exclusion des charges non liées à son activité.

Cependant, la monnaie émise peut correspondre à l’entièreté du prix de vente du produit de l’artisan.

3 Les artisans ne réalisant pas de profit ne seront jamais enregistrés dans la quatrième département.

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