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La France s’aligne sur les États-Unis pour préserver l’impunité d’Israël

[Un texte de Thierry MICHEL posté sur Facebook]

Faire taire Francesca Albanese, réduire les Nations unies au silence, ne pas nommer le génocide : la France s’aligne sur les États-Unis pour préserver l’impunité d’Israël.

La campagne française contre Francesca Albanese n’est pas une polémique de plus : c’est une tentative brutale de faire taire, au cœur du système onusien, l’une des rares voix qui ose qualifier juridiquement ce que Gaza subit comme un possible génocide.

La mise à mort politique d’une experte de l’ONU

Jean-Noël Barrot ne se contente pas de critiquer une phrase ou un tweet : il demande la démission pure et simple de la rapporteuse spéciale des Nations unies en l’attaquant sur son intégrité même. Il prétend qu’elle tiendrait des propos « complotistes et déshumanisants » assimilables à de l’antisémitisme, alors même qu’aucun de ces griefs n’est étayé par des citations sérieuses, mais par des montages et des coupes manipulatoires. Nous sommes face à une opération de disqualification totale : il ne s’agit pas de débattre de son rapport, il s’agit de détruire sa crédibilité pour éviter de répondre sur le fond, c’est-à-dire sur les crimes commis à Gaza.

Francesca Albanese parle de « diffamation pure et simple » et dénonce une manipulation systématique de ses propos. Elle rappelle n’avoir « jamais, au grand jamais, justifié le 7 octobre », ce que confirme le fait qu’aucun de ses détracteurs n’est capable de produire une déclaration où elle le ferait réellement. Quand un ministre des Affaires étrangères persiste en évoquant une « longue liste de prises de position scandaleuses » sans jamais les démontrer, et persévère, malgré ces démentis, à la présenter comme une sorte de propagandiste haineuse, il ne commet pas une erreur d’appréciation : il participe sciemment à une campagne de mensonge politique.

Ce climat n’est pas spontané : il est le produit d’un lobbying acharné mené par des réseaux pro-gouvernement israélien, en France comme aux États-Unis, qui ont désigné Albanese comme cible prioritaire depuis qu’elle a brisé le tabou du mot « génocide ».

Ce qu’on veut faire taire : la qualification de génocide

La véritable « faute » de Francesca Albanese concerne son rapport remis en mars 2024 au Conseil des droits de l’homme, où elle conclut qu’il existe des « motifs raisonnables » de croire qu’Israël a commis des actes de génocide à Gaza. Elle y applique, avec un calme glaçant, les critères de la Convention de 1948 : meurtre massif de membres du groupe, atteintes graves à l’intégrité physique et mentale, soumission intentionnelle à des conditions d’existence destinées à entraîner la destruction physique totale ou partielle. Cette formule, loin d’être un slogan militant, est la langue froide du droit international lorsqu’il constate que le seuil de la qualification génocidaire est possiblement franchi.

La réaction israélienne a été immédiate et virulente : Albanese est décrite comme « l’une des personnalités les plus antisémites de l’histoire moderne » par l’ambassadeur Danny Danon, puis visée par une offensive au Congrès américain pour empêcher le renouvellement de son mandat, et enfin frappée de sanctions par Washington en juillet 2025, qui lui interdisent d’entrer aux États-Unis et peuvent geler ses avoirs.

Human Rights Watch et des responsables onusiens eux-mêmes dénoncent ces sanctions comme une atteinte directe à l’indépendance des experts, une tentative d’intimidation politique d’une fonction censée être protégée par l’ONU. Ce n’est pas un « débat d’idées », c’est la mise en place méthodique d’un appareil de persécution contre une juriste qui aurait commis le crime suprême : prendre au sérieux le droit lorsqu’il vise un État occidental protégé.

Le droit international nié. La France du côté de l’impunité

En rejoignant la campagne américaine et israélienne contre Francesca Albanese – sanctions, campagnes de diffamation, pressions pour la démettre –, la France se situe clairement non pas du côté du droit, mais de celui de l’impunité. Le faisceau d’attaques convergentes – lobbying parlementaire, relais médiatiques, menaces de sanctions et maintenant injonction française à la démission – vise moins une femme que la fonction même de rapporteur spécial lorsqu’elle s’applique à la Palestine. Le message envoyé est limpide : quiconque, au sein de l’ONU, osera qualifier les crimes commis à Gaza avec les mots du droit sera broyé.

En cherchant à réduire une experte de l’ONU à une simple « militante politique qui agite des discours de haine », comme l’a affirmé Jean-Noël Barrot, Paris entérine l’idée qu’aucun regard indépendant sur la Palestine n’est légitime. On ne discute plus des faits – milliers de morts, destruction systématique des infrastructures civiles, famine organisée – mais de la docilité attendue d’experts chargés, en théorie, de dire le droit face aux États puissants. La France choisit son camp : celui des États qui préfèrent étouffer le langage juridique plutôt que d’admettre que leurs alliés peuvent être accusés d’« actes de génocide » par les propres mécanismes de l’ONU.

Exiger aujourd’hui la démission de Francesca Albanese, ce n’est pas seulement s’en prendre à une personne ; c’est envoyer un avertissement glaçant à tous les juristes, enquêteurs et témoins qui, demain, oseront encore documenter les crimes commis en Palestine : parlez, et nous vous collerons l’étiquette infamante d’antisémite jusqu’à vous détruire professionnellement. À l’heure où le langage du droit est la dernière arme pacifique dont disposent les peuples écrasés, c’est précisément cette arme que la diplomatie française s’emploie à briser.

Thierry Michel

Sources :

  • Orient XXI
  • France 24
  • Le Monde
  • UN Geneva
  • ONU
  • Euronews
  • HRW
  • Association belgo-palestinienne
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2 réponses à “La France s’aligne sur les États-Unis pour préserver l’impunité d’Israël”

  1. Avatar de PUISSANT Daniel
    PUISSANT Daniel

    Excellent article. On en redemande.

  2. Avatar de Christine Pagnoulle
    Christine Pagnoulle

    Merci Thierry et désolés d’avoir un peu anticipé sur ton autorisation…

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