Ne ratez pas la 3e séance de notre "Repair class de l'économie" ce mardi 19 mars : la fiscalité !
Plus d'infos

La grande captation

[Nicolas FRANKA]

Des milliards d’humains vivent, travaillent et contribuent comme ils le peuvent à la société dans laquelle ils se trouvent. Pourtant, quand la poussière des usines retombe, que les machines s’éteignent, que les champs s‘endorment et que les bureaux ferment, vient l’heure des comptes. La part de la richesse créée dévolue à ces travailleurs ne représente qu’une petite portion du grand gâteau. Ce sont les détenteurs de capitaux, la classe oisive selon Veblen, qui s’approprie le reste.

Cette division entre capital et travail est au centre de discussions séculaires. Comment évolue cette distribution ? Quelles règles du jeu, dont il faut bien comprendre qu’il ne s’agit en rien de lois naturelles, dictent ces écarts, ces différences ? Les acteurs de la société en décident-ils librement ou sont-elles le résultat d’une lutte sociale qui semble chaque jour davantage perdue par les travailleurs ?

A l’heure où nous produisons plus de richesse que jamais dans l’histoire, comment expliquer l’augmentation de la pauvreté, notre incapacité à nourrir les habitants de la planète et en particulier les petits paysans, endettés, chassés de leurs terres ? Si certains meurent de faim et d’autres sont noyés sous les richesses, s’agit-il de la faute à pas de chance ?

Dès lors, il est de notre devoir de citoyen attentif, de chercheur, militant, travailleur, d’étudier et de comprendre les mécanismes de distribution et de redistribution, qui sont la conséquence de choix politiques, eux-mêmes découlant d’un système de production.

Il ne s’agit bien évidemment pas ici de pointer l’entrepreneur du doigt. Que du contraire ! Tous ces acteurs sont confrontés aux mêmes structures dominantes et vivent les mêmes difficultés que les
prolétaires et fournisseurs de services. Ce qui est en jeu, c’est bien la captation de la richesse et non sa création.

Un grand jeu dont les dés sont pipés !

Quel que ce soit son nom : grand capital, industrie financière, conglomérat bancaire, élite économique, Sauron, Dark Vador, la Matrice… Peu importe ! L’émancipation citoyenne passera par l’analyse et la compréhension de ces mécanismes de captation et de redistribution de la richesse planétaire. Car un changement de paradigme qui ne se fait pas dans le sang doit prendre racine dans la réflexion. Sans elle,la contestation risque d’être vaine agitation. Alors tournons-nous vers quelques acteurs clé de cette pièce dans laquelle nous jouons bon gré mal gré pour évaluer la place, le rôle et l’impact de chacun sur notre environnement naturel et économique. Envisageons ensuite les pistes de solutions.

Des entreprises pas comme les autres
S’il est une institution qui fait couler beaucoup d’encre, ce sont ces mastodontes de l’économie : les banques. Indispensables au point d’être sauvées, elles déchaînent les passions. Essayons de
comprendre.

Tout d’abord, les banques ont la particularité d’être détentrices de deux biens publics que la collectivité a laissé se privatiser. D’une part, la garde des dépôts. De l’orfèvre de la renaissance aux comptes électroniques. Cette fonction du système bancaire a forcé les états à venir à leur secours durant la crise de 2008, renflouant les perdants du jeu qu’elles avaient créé : produits dérivés de plus en plus complexes, titrisation permettant de dissimuler les actifs toxiques, autant de pratiques douteuses qui ont permis d’enrichir dirigeants et actionnaires. Un cas d’école pour décrire le phénomène de l’aléa moral : pile je gagne, face tu perds. D’autre part, les banques assurent la maintenance du système global de gestion des paiements : élément indispensable dans une économie de marché développée même si les alternatives sont nombreuses. Pour ces raisons et dans une perspective de rapport de force, il est primordial de considérer la justification d’une telle
emprise privée sur nos vies. Il nous revient de calculer le « coût » d’un tel système face aux bénéfices que l’on peut en retirer.

Ajoutons que non seulement le coût des sauvetages bancaire a été porté par les plus faibles de la société, notamment via les cures d’austérité, la coupe des services publics et l’augmentation d’impôts indirects (à la consommation), mais aujourd’hui, les populations les plus pauvres sont privées d’accès aux services bancaires de base. De plus, les précaires se révèlent un excellent marché pour les banques qui fournissent des crédits à la consommation et appliquent prestement des intérêts de retard importants pour délais de paiement. A ce prix, on se demande si au moins les banques produisent de la valeur ? L’activité bancaire est souvent décrite par ses acteurs comme jouant un rôle d’allocation efficiente des ressources. C’est-à-dire qu’elle prend l’argent des déposants pour le prêter au petit entrepreneur le plus méritant. Ce mécanisme devrait donc créer de la prospérité tout en régulant les activités de crédit. Ce conte de fée a sans doute existé mais ne représente aujourd’hui qu’une infime partie des activités bancaires. Alors questionnons-nous sur le véritable rôle d’un secteur dont le seul objectif reste le profit. Un secteur dont la richesse n’a cessé de croitre exponentiellement ces dernières décennies. En effet, la finance-casino est le terrain préféré du secteur et les plantureux profits qu’il en retire ne sont que le fruit de tractations financières. Ces outils modernes échangés à la vitesse de la lumière déstabilisent l’économie mondiale et, partant, les rapports sociaux.

Quelle responsabilité sociale devons-nous attendre des banques ? Le pouvoir principal des banques est de déterminer l’allocation des ressources. En somme, qui obtiendra un crédit. S’agira-t-il du petit maraicher bio ou de la multinationale d’exploitation de gaz de schiste ? Cette capacité donne le droit aux banques de dessiner le monde de demain, les emplois d’aujourd’hui, tout en s’assurant le remboursement des dettes d’hier. Ce pouvoir non contrôlé sur le financement est inacceptable. Pourtant il y a pire encore… (la suite au prochain numéro)


Laisser une réponse

Accueil