{"id":14,"date":"2024-10-25T14:00:00","date_gmt":"2024-10-25T12:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/liege.attac.org\/blog\/?p=14"},"modified":"2025-02-03T09:08:27","modified_gmt":"2025-02-03T08:08:27","slug":"fabian-scheidler-la-fin-de-la-megamachine-synthese-lecture-collective","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/liege.attac.org\/blog\/2024\/10\/25\/fabian-scheidler-la-fin-de-la-megamachine-synthese-lecture-collective\/","title":{"rendered":"Fabian Scheidler, La Fin de la m\u00e9gamachine \u2013 Synth\u00e8se lecture collective"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Fabian Scheidler, <\/strong><em><strong>La Fin de la m\u00e9gamachine<\/strong><\/em>(traduit de l\u2019allemand par Aur\u00e9lien Berlan), Seuil, 2020 (lecture collective)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Introduction<\/strong>&nbsp;: Nous observons une corr\u00e9lation directe entre ce qui est bon pour le capitalisme et ce qui d\u00e9truit la biosph\u00e8re, l\u2019habitabilit\u00e9 de la terre. La majorit\u00e9 des gens le comprennent plus ou moins confus\u00e9ment mais sont paralys\u00e9s par un sentiment d\u2019impuissance, ceci malgr\u00e9 l\u2019existence d\u2019alternatives. Pourquoi ce blocage&nbsp;? Nous sommes victimes du mythe de la modernit\u00e9 et (pour une minorit\u00e9) jouissons d\u2019un certain confort, aux d\u00e9pens de populations exploit\u00e9es. Le syst\u00e8me qui s\u2019est install\u00e9 il y a plus de cinq si\u00e8cles est bas\u00e9 sur le pillage&nbsp;; la violence ali\u00e9nante qui en est le ressort trouve ses racines plus de cinq mill\u00e9naires plus t\u00f4t, avec le travail du m\u00e9tal. C\u2019est ce syst\u00e8me que l\u2019historien appelle la m\u00e9gamachine. Elle atteint aujourd\u2019hui deux limites insurmontables&nbsp;: les crises structurelles, qui lui sont inh\u00e9rentes, atteignent des proportions telles qu\u2019elles \u00e9chappent \u00e0 tout contr\u00f4le et ne peuvent m\u00eame plus \u00eatre jugul\u00e9es par l\u2019endettement&nbsp;; la destruction de la biosph\u00e8re fait de la r\u00e9sistance une question de vie ou de mort.<\/p>\n\n\n\n<p>1<sup>re<\/sup> partie, chapitre 1, <strong>Les 4 tyrannies et les racines de la domination<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9dentarisation rend possible l\u2019accumulation de biens et l\u2019\u00e9mergence d\u2019une hi\u00e9rarchie, mais ne l\u2019entra\u00eene pas automatiquement (les hommes ont v\u00e9cu en s\u00e9dentaires pendant quatre mille ans sans distinction de classes rep\u00e9rables, ce que nous avaient d\u00e9j\u00e0 appris Wengrow et Graeber lors de notre lecture collective pr\u00e9c\u00e9dente). Le point de bascule intervient avec le travail des m\u00e9taux, auquel tout le monde n\u2019a pas acc\u00e8s, et qui rend possible la fabrication d\u2019armes plus efficaces et l\u2019utilisation de monnaie (qui \u00e0 son tour permet d\u2019exiger des imp\u00f4ts en num\u00e9raires et non en nature). C\u2019est alors aussi qu\u2019appara\u00eet l\u2019\u00e9criture, qui sert d\u2019abord \u00e0 comptabiliser les dettes, \u00e9galement \u00e0 transcrire les \u00e9pop\u00e9es des puissants (Gilgamesh), mais l\u2019\u00e9criture comme plus tard l\u2019imprimerie et les m\u00e9dias seront un lieu de luttes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi les hommes ont-ils appris \u00e0 <em>ob\u00e9ir<\/em>&nbsp;? Trois raisons&nbsp;: la peur de la violence, la peur de cons\u00e9quences socio-\u00e9conomiques, la croyance en la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019ordre \u00e9tabli. Ce qui correspond \u00e0 trois tyrannies&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Le pouvoir institutionnel par la violence physique (prisons, police, arm\u00e9e), face auquel les r\u00e9sistants se d\u00e9robent en se retirant toujours plus loin (voir les communaut\u00e9s de marrons sur les mornes)<\/li>\n\n\n\n<li>La violence structurelle qu\u2019incarnent le salariat (et le ch\u00f4mage), les baux de location, dont la force de contrainte est renforc\u00e9e par la dette qui finit par r\u00e9duire des hommes en esclavage (aussi esclavage sexuel)<\/li>\n\n\n\n<li>Le pouvoir id\u00e9ologique&nbsp;: un consensus qui est confort\u00e9 par l\u2019\u00e9criture (voir plus haut).<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>S\u2019y ajoute l\u2019invention d\u2019un Dieu-souverain, m\u00e2le tout puissant, projection du souverain terrestre, qui fonde des cultes renfor\u00e7ant le pouvoir des \u00e9lites. Mais la pi\u00e9t\u00e9 populaire (\u2018superstition\u2019) reste attach\u00e9e \u00e0 des formes ant\u00e9rieures de communication avec le monde naturel.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9cits dominants sont r\u00e9gis par une pens\u00e9e lin\u00e9aire, incompatible avec le vivant, forme de pens\u00e9e qui est la quatri\u00e8me tyrannie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <strong>m\u00e9tal<\/strong> permet de battre monnaie et ainsi de payer des arm\u00e9es de m\u00e9tier et de forger des armes plus efficaces pour s\u2019entretuer. Le travail du bronze marque le d\u00e9but du commerce in\u00e9quitable. D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019utilisation de m\u00e9taux est une catastrophe environnementale aussi bien que sociale&nbsp;: d\u00e9forestation \u00e0 grande \u00e9chelle, terres ravag\u00e9es par l\u2019extraction, pollution de l\u2019air et de l\u2019eau, d\u00e9sastre qu\u2019entra\u00eene le moindre conflit. Les r\u00eaves de contr\u00f4le du vivant qu\u2019incarne Faust sont des extensions du pouvoir que donne la m\u00e9tallurgie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mythe du <strong>march\u00e9<\/strong> est d\u00e9nonc\u00e9 en tant qu\u2019il est pr\u00e9sent\u00e9 comme une institution naturelle et un lieu de paix, alors que l\u2019\u00e9change masque la violence des rapports sociaux. Aujourd\u2019hui les \u2018march\u00e9s financiers\u2019 sont investis de la toute-puissance nagu\u00e8re associ\u00e9e \u00e0 Dieu. Le march\u00e9 (le recours \u00e0 la valeur marchande) n\u2019a pas \u00e9merg\u00e9 spontan\u00e9ment d\u2019\u00e9changes entre individus comme l\u2019explique na\u00efvement Adam Smith mais de la guerre, de l\u2019imposition du recours \u00e0 la monnaie. Le march\u00e9 permettait de payer les arm\u00e9es via l\u2019imp\u00f4t (ce qui permettait des conqu\u00eates, des prisonniers r\u00e9duit en esclavage pour exploiter les mines, donc la fabrication de monnaie, etc.) L\u2019empire romain a repr\u00e9sent\u00e9 une premi\u00e8re apog\u00e9e de ce syst\u00e8me. Sa chute peut s\u2019expliquer par le tarissement de l\u2019approvisionnement en m\u00e9taux pr\u00e9cieux suite \u00e0 une \u00e9pid\u00e9mie. Les premi\u00e8res soci\u00e9t\u00e9s par actions (qui, n\u2019ayant pas de d\u00e9tenteurs physiques, sont \u2018immortelles\u2019) apparaissent dans l\u2019empire romain, les \u2018soci\u00e9t\u00e9s publicaines\u2019, qui r\u00e9coltaient les imp\u00f4ts, tels les fermiers g\u00e9n\u00e9raux de l\u2019Ancien R\u00e9gime. C\u2019est aussi sous les Romains que s\u2019\u00e9labore le droit de propri\u00e9t\u00e9 comme pouvoir de disposition total, le<em> dominium<\/em>. L\u2019effondrement de l\u2019empire signifie aussi une lib\u00e9ration pour une grande partie de la population&nbsp;: les paysans qui travaillent une bonne partie du temps pour eux-m\u00eames et en communaut\u00e9 (m\u00eame les serfs n\u2019appartiennent \u00e0 personne). Marc fait remarquer le parall\u00e8le avec l\u2019analyse de Marx (le contraste entre l\u2019\u00e9change en fonction des besoins, bas\u00e9 sur la valeur d\u2019usage, et l\u2019\u00e9change capitaliste qui vise \u00e0 produire davantage d\u2019argent).<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 4 examine le lien entre sentiment d\u2019<strong>impuissance<\/strong> v\u00e9cu comme trauma et la pens\u00e9e apocalyptique comme id\u00e9ologie, o\u00f9 la destruction du monde est \u00e0 la fois salut et vengeance. Les occupations imp\u00e9riales, le colonialisme, les d\u00e9placements de population, la privatisation des terres et les paysans r\u00e9duits \u00e0 tenter de vendre leur force de travail, les bombardements (que ce soit \u00e0 Coventry, \u00e0 Dresde, \u00e0 Marioupol, sur la bande de Gaza\u2026) suscitent la ranc\u0153ur et la haine, et souvent entra\u00eenent la r\u00e9p\u00e9tition du traumatisme en m\u00eame temps que l\u2019aspiration \u00e0 un monde radicalement autre, sur notre terre ou ailleurs. L\u2019apocalypse de Daniel r\u00e9pond \u00e0 la tyrannie (physique, \u00e9conomique et id\u00e9ologique) d\u2019Antiochos IV mais elle ne d\u00e9bouche pas sur une lib\u00e9ration mais sur un autre empire, qui exige ob\u00e9issance. L\u2019apocalypse de Jean, elle, se veut universelle, \u00e0 la fois gore et <em>bad trip<\/em>, elle s\u00e9pare les \u00e9lus des damn\u00e9s, socle n\u00e9cessaire \u00e0 la mission r\u00e9demptrice. De nos jours, la d\u00e9mocratie ou le libre march\u00e9 ont remplac\u00e9 le Royaume de Dieu. A cette vision eschatologique, Scheidler oppose sa lecture du \u2018mouvement de J\u00e9sus\u2019, ancr\u00e9 dans le quotidien de notre monde, \u00e9galitaire, et r\u00e9sistant \u00e0 l\u2019occupant romain.<\/p>\n\n\n\n<p>Le court chapitre 5 parle de la <strong>mission<\/strong> comme fondement de l\u2019universalisme occidental. La notion de mission est omnipr\u00e9sente autour de nous (les \u00e9coles, les entreprises, les gens, il faut d\u00e9finir des missions partout), et le missionnaire (qui sera aujourd\u2019hui peut-\u00eatre plut\u00f4t \u2018expert en d\u00e9veloppement\u2019) est celui porte la connaissance et va sauver les autres de leur ignorance coupable. Saul de Tarse \/ Paul est le premier grand missionnaire chr\u00e9tien&nbsp;; il inverse le message du mouvement de J\u00e9sus, tout en gardant l\u2019aspect subversif&nbsp;: s\u2019appuyant sur le mythe de la r\u00e9surrection, il s\u2019agit maintenant d\u2019attendre le Jugement dernier. Ceux qui ne veulent pas entendre seront \u00e9radiqu\u00e9s. Avant les massacres au nom du Christ Roi outre Atlantique au 16<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les troupes qui accompagnaient Boniface, suivies quelques si\u00e8cles plus tard par les Chevaliers Teutoniques, sont all\u00e9es imposer la civilisation chr\u00e9tienne en Europe centrale et orientale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 6, <strong>\u2018Monstres\u2019<\/strong> couvre la p\u00e9riode allant de 1348 (douze ans apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre de Cent ans, la peste noire d\u00e9ferle sur l\u2019Europe) \u00e0 1648 (fin de la guerre de Trente Ans) et a comme sous-titre \u2018la r\u00e9organisation du pouvoir et la naissance du syst\u00e8me-monde moderne\u2019&nbsp;: la fin du Moyen-\u00c2ge et le d\u00e9but des \u2018Temps moderne\u2019 est tout sauf une \u00e9mergence \u00e0 la lumi\u00e8re de la raison, c\u2019est au contraire un tournant historique inverse qui voit se ressouder l\u2019alliance des \u2018quatre tyrannies\u2019 et se g\u00e9n\u00e9raliser les r\u00e9pressions violentes, voire les g\u00e9nocides, au nom de l\u2019accumulation sans fin de profits, ceci alors que le sort de la majorit\u00e9 de la population d\u2019Europe occidentale s\u2019\u00e9tait nettement am\u00e9lior\u00e9 \u00e0 la dissolution de l\u2019Empire romain (la terre n\u2019\u00e9tait plus un bien \u00e0 acheter, elle \u00e9tait pr\u00eat\u00e9e&nbsp;et souvent cultiv\u00e9e en communaut\u00e9s villageoises ; l\u2019exercice de la guerre \u00e9tait limit\u00e9 par la priorit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la culture de la terre). La croissance d\u00e9mographique et l\u2019augmentation de la production agricole autour de l\u2019an mil permettent le d\u00e9veloppement de corporations d\u2019artisans, qui r\u00e9gulent les prix et les conditions de travail, mais s\u2019accompagnent d\u2019une recrudescence des in\u00e9galit\u00e9s sociales donnant lieu \u00e0 divers \u2018mouvements de la pauvret\u00e9\u2019, dont Fran\u00e7ois d\u2019Assise ou les Albigeois, extermin\u00e9s au terme d\u2019une croisade de vingt ans. Au 14<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, de mauvaises conditions climatiques ram\u00e8nent la mis\u00e8re&nbsp;; \u00e0 la famine s\u2019ajoute la peste, qui fauche un tiers de la population d\u2019Europe occidentale. D\u00e9sormais dans un rapport de force favorable face aux \u00e9lites f\u00e9odales, un peu partout les paysans et les artisans se sont soulev\u00e9s pour r\u00e9clamer une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire, et dans beaucoup de cas, sont arriv\u00e9s au pouvoir, mais partout aussi la r\u00e9pression fut sanglante et d\u00e9boucha sur la g\u00e9n\u00e9ralisation de la terreur par l\u2019Inquisition et la pratique de la torture (c\u2019est aussi alors que la chasse aux sorci\u00e8res prend son essor, pour plusieurs si\u00e8cles).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les cit\u00e9s-\u00e9tats italiennes (Venise et G\u00eanes), puissances militaire et maritime et pouvoir \u00e9conomique (capital commercial) se confondent. Elles financent les croisades, qui sont d\u00e9j\u00e0 de vastes op\u00e9rations de remboursement de dettes au prix de massacres sans nom. Les guerres reprennent en force, et sont de vraies boucheries&nbsp;: il n\u2019est plus question de faire des prisonniers selon le code de chevalerie mais d\u2019instiller la peur. Dans un premier temps, elles sont men\u00e9es en achetant des milices de mercenaires, \u00e0 l\u2019instar de Blackwater ou des Wagner, la plus c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9tant celle de Wallenstein pendant la guerre de Trente ans. Mais les troupes mercenaires se vendent au plus offrant. D\u00e8s que les conditions de financement le permettent, les \u00e9tats mettent sur pied des armes permanentes. Le financement des guerres se fait par des emprunts aux banques (peu importe leur couleur religieuse).<\/p>\n\n\n\n<p>Extraction mini\u00e8re et fabrication industrielle d\u2019armures et d\u2019armement (qui entra\u00eene l\u2019abattage des for\u00eats) contribuent \u00e0 cette recrudescence de violence qui se d\u00e9cha\u00eene outremer avec le g\u00e9nocide des populations indig\u00e8nes de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique ou dans les \u00eeles de l\u2019archipel indon\u00e9sien et l\u2019\u00e9crasement des mouvements \u00e9galitaires en Europe, o\u00f9 l\u2019appropriation des terres par de grands propri\u00e9taires entrepreneurs transforme des paysans en vagabonds qui n\u2019ont plus d\u2019autre choix que de vendre leur force de travail pour un salaire de mis\u00e8re. Les r\u00e9voltes se multiplient \u00e0 travers l\u2019Europe (et sont durement condamn\u00e9es par Luther, qui se range du c\u00f4t\u00e9 des princes)&nbsp;; le royaume anabaptiste de Munster, o\u00f9 sont br\u00fbl\u00e9s les registres de dettes, qui est radicalement \u00e9galitaire et en dehors de toute \u00e9glise et de tout \u00c9tat, est embl\u00e9matique, aussi dans son impuissance face au complexe militaro-mon\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi l\u2019\u00e9poque o\u00f9 naissent, en m\u00eame temps que la comptabilit\u00e9 \u00e0 partie double et les bourses de valeurs, les soci\u00e9t\u00e9s par actions, o\u00f9 toute responsabilit\u00e9 personnelle a disparu, qui sont immortelles par d\u00e9finition et n\u2019ont d\u2019autre finalit\u00e9 que produire toujours davantage de profit (la premi\u00e8re \u00e9tait la Compagnie n\u00e9erlandaise des Indes orientales, suivie par des compagnies similaires en Grande Bretagne et en France).<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re section, \u2018Puissance et impuissance dans le syst\u00e8me-monde moderne\u2019, r\u00e9sume le propos. Le syst\u00e8me ali\u00e9nant qui se met en place au d\u00e9but des Temps modernes repose sur un mouvement perp\u00e9tuel vers toujours plus de capital mon\u00e9taire, la puissance politique \u00e9tant fond\u00e9e sur l\u2019endettement, et entra\u00eene n\u00e9cessairement l\u2019appauvrissement de la majorit\u00e9 de la population. Il y a bien <em>syst\u00e8me<\/em> parce qu\u2019\u00ab&nbsp;aucune des parties ne peut exister sans les autres, quand tous les \u00e9l\u00e9ments sont des composantes d\u2019une totalit\u00e9 sup\u00e9rieure&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 7, \u2018<strong>Machine<\/strong>\u2019 couvre les deux si\u00e8cles allant de 1600 \u00e0 1800 et montre comment les sciences m\u00e9canistes (Descartes, Bacon, Hobbes\u2026) ont r\u00e9duit le monde ext\u00e9rieur, la nature, l\u2019homme lui-m\u00eame au statut de m\u00e9canisme, de machine. La nature est donc l\u00e0 pour \u00eatre exploit\u00e9e, l\u2019homme pour \u00eatre contr\u00f4l\u00e9, remont\u00e9 comme une horloge, astreint \u00e0 des t\u00e2ches m\u00e9caniques, \u00e9ventuellement tu\u00e9. (L\u2019auteur nous rappelle les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats chez l\u2019essayiste Francis Bacon, qui \u00e9tait tout \u00e0 la fois actionnaire d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 coloniale, procureur g\u00e9n\u00e9ral, juge \u00e0 la cour supr\u00eame et membre du parlement.)<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019appareil d\u2019\u00c9tat devait venir \u00e0 bout de l\u2019opacit\u00e9 des organisations locales, tracer des cartes, dresser des cadastres, imposer des mesures, une monnaie et une langue uniques. Dans le m\u00eame temps, les \u00c9tats se livrent d\u2019embl\u00e9e \u00e0 une concurrence fiscale pour attirer les capitaux (o\u00f9 une autre forme d\u2019opacit\u00e9 peut \u00eatre encourag\u00e9e).<\/p>\n\n\n\n<p>Les for\u00eats sont g\u00e9r\u00e9es comme des arm\u00e9es&nbsp;: leur rentabilit\u00e9 est mesur\u00e9e par l\u2019imposition de normes et dans un premier temps augment\u00e9e par des plantations \u00e9quiennes et mono-sp\u00e9cifiques&nbsp;; mais la destruction du tissu de vie assur\u00e9 par l\u2019interaction de diff\u00e9rentes esp\u00e8ces et du sous-bois entra\u00eene leur mort (<em>Waldsterben<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>La transformation des villes pour contrer les insurrections populaires a, elle, \u00e9t\u00e9 une r\u00e9ussite du point de vue des classes dirigeantes, comme en t\u00e9moigne l\u2019\u00e9crasement de la Commune de Paris, en partie gr\u00e2ce aux grands boulevards trac\u00e9s par Haussmann.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pouvoir doit tout voir \u2013 plus un arbre, plus un brin d\u2019herbe, nous pensons \u00e0 la terre d\u00e9vast\u00e9e de T.S. Eliot (ou \u00e0 ces mots de David Jones&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a pas d\u2019ombre pas d\u2019ombrage, pas d\u2019ombrage \u00e0 caresser, pas de murs sur la lande, pas de perspective; tout est en deux dimensions dans la Zone&nbsp;\u00bb), car on ne peut tout conna\u00eetre qu\u2019au prix de la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment l\u2019homme est-il transform\u00e9 en machine&nbsp;? Par le biais de l\u2019arm\u00e9e et souvent de l\u2019\u00e9cole, mais aussi par le travail salari\u00e9 qui, contrairement \u00e0 l\u2019esclavage et au travail forc\u00e9, fait participer les travailleurs \u00e0 leur propre ali\u00e9nation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le titre du chapitre 8, \u2018<strong>Moloch<\/strong>\u2019, qui renvoie \u00e0 un dieu d\u00e9voreur (\u00e0 l\u2019instar d\u2019\u00c9sus ou de Chronos), une divinit\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 la terre et aux enfers, sert de m\u00e9taphore \u00e0 la mise en place de formes de destruction totale, de 1712 \u00e0 1919. Avec la troisi\u00e8me r\u00e9volution du complexe m\u00e9tallurgique, nous entrons dans l\u2019\u00e8re du capitaloc\u00e8ne. L\u2019utilisation du charbon de terre permet de localiser les usines dans les villes, l\u00e0 o\u00f9 s\u2019entassent les paysans expuls\u00e9s de leur terre et contraints, souvent par la famine, de vendre \u00e0 vil prix leur force de travail (et souvent aussi leur corps). Au nom du \u2018march\u00e9 libre\u2019, mais en fait au b\u00e9n\u00e9fice des patrons, les quelques mesures sociales qui existaient au Royaume-Uni sont abrog\u00e9es et tout qui (hommes, femmes et enfants) est d\u00e9couvert sans travail et\/ou sans domicile est enferm\u00e9 et condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s dans des \u2018workhouses\u2019 (des \u2018maisons de travail\u2019 qui sont de v\u00e9ritables p\u00e9nitenciers). La population ouvri\u00e8re, d\u00e9racin\u00e9e, va se construire une nouvelle culture gr\u00e2ce aux syndicats et aux maisons du Peuple.<\/p>\n\n\n\n<p>La notion de nation est d\u00e9velopp\u00e9e par la classe moyenne et les fonctionnaires (ceux qui servent l\u2019\u00c9tat) ; il s\u2019agira soit d\u2019un ensemble de citoyens \u00e9gaux en droit quelle que soit leur origine, soit d\u2019une communaut\u00e9 d\u00e9finie en termes de rejet de l\u2019autre. Ce rattachement imaginaire, soutenu par les institutions qui fabriquent le consentement (arm\u00e9e, m\u00e9dias, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019\u00e9poque les journaux de la classe dominante et trop souvent \u00e9cole), va s\u2019av\u00e9rer tr\u00e8s utile pour mobiliser les troupes lors de la grande boucherie de 1914-1918.<\/p>\n\n\n\n<p>Le si\u00e8cle qui va de Waterloo 1815 \u00e0 juillet 1914, parfois curieusement appel\u00e9 la \u2018paix de cent ans\u2019, a en fait \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par des massacres coloniaux \u00e0 grande \u00e9chelle, au nom de la civilisation nourrie d\u2019une vision n\u00e9cessairement raciste. Il fallait \u00e9radiquer la culture locale et miner l\u2019autonomie mat\u00e9rielle (la possibilit\u00e9 de survie des populations). Ne reste plus alors qu\u2019\u00e0 imposer un commerce in\u00e9quitable et \u00e0 exploiter \u00e0 mort (les gens et les ressources). La mitrailleuse (1885) s\u2019av\u00e8re un auxiliaire utile pour tuer en s\u00e9rie (66 balles par minute). La colonisation de l\u2019Inde illustre les m\u00e9canismes par lesquels l\u2019Occident a r\u00e9duit des r\u00e9gions prosp\u00e8res \u00e0 la pauvret\u00e9 : interdire toute activit\u00e9 manufacturi\u00e8re, obliger \u00e0 exporter des mati\u00e8res premi\u00e8res et \u00e0 acheter les produits fabriqu\u00e9s dans la m\u00e9tropole, exiger des imp\u00f4ts en argent et donc endetter la paysannerie. Comme en Irlande \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, quand surviennent des famines dues en grande partie \u00e0 la destruction des structures permettant d\u2019att\u00e9nuer les effets de mauvaises conditions m\u00e9t\u00e9orologiques, de grandes quantit\u00e9s de nourriture continuent d\u2019\u00eatre exp\u00e9di\u00e9es aux nouveaux propri\u00e9taires europ\u00e9ens tandis que les marchands sp\u00e9culent d\u2019autant mieux que les Bourses de valeurs se multiplient et ainsi, par l\u2019augmentation des prix, propagent la famine.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la Chine, cette deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19e si\u00e8cle est l\u2019\u00e8re de la grande humiliation. S\u2019appuyant sur les mafias locales (les Triades), l\u2019Angleterre impose \u00e0 la force du canon la vente d\u2019opium \u00e0 l\u2019Empire du Milieu, qui pratiquait depuis des si\u00e8cles une \u00ab \u00e9conomie de march\u00e9 non capitaliste \u00bb s\u00e9parant l\u2019\u00c9tat et le capital (307\/256). La derni\u00e8re confrontation militaire du 19e si\u00e8cle est ce que les Anglais ont appel\u00e9 la guerre des Boxeurs parce que les rebelles se battaient \u00e0 mains nues (les r\u00e9volt\u00e9s chinois se d\u00e9signaient eux-m\u00eames comme mouvement de l\u2019union de la justice et de la concorde).<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but du 20e si\u00e8cle, la plan\u00e8te enti\u00e8re est mise \u00e0 sac par le capitalisme. L\u2019Allemagne s\u2019impose comme nouvelle puissance. La Grande Guerre est la premi\u00e8re o\u00f9 l\u2019an\u00e9antissement des vies se fait industriel, y compris la recherche et la production chimique. C\u2019est aussi le moment o\u00f9 en Europe aussi nous basculons dans un surr\u00e9el sanglant dont Kafka est un bon interpr\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 9, \u2018<strong>Masques<\/strong>\u2019 dont la chronologie se superpose en partie \u00e0 celle du pr\u00e9c\u00e9dent (1787 \u00e0 1945) parle moins d\u2019extermination que de tentatives des uns pour gagner davantage de d\u00e9mocratie (\u00ab synonyme d\u2019autod\u00e9termination et d\u2019auto-organisation&nbsp;\u00bb 323\/ 269) et des autres pour la contrer, ou \u00e0 tout le moins la filtrer.<\/p>\n\n\n\n<p>Scheidler rappelle que l\u2019Europe n\u2019a ni invent\u00e9 ni propag\u00e9 la d\u00e9mocratie mais au contraire souvent d\u00e9truit des structures sociales o\u00f9 la parole de tous \u00e9tait entendue.<\/p>\n\n\n\n<p>Face aux aspirations populaires qui s\u2019expriment en France en 1789, les nantis vont trouver des parades. Le filtre de la repr\u00e9sentation avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mis au point deux ans plus t\u00f4t dans la Constitution des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique : seuls ceux qui poss\u00e8dent sont \u00e0 m\u00eame de d\u00e9cider. Les Droits de l\u2019Homme et du Citoyen consacrent \u00e9galement le caract\u00e8re sacr\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Avant de perdre lui-m\u00eame la t\u00eate, Robespierre va d\u2019ailleurs enterrer \u2013 enfin d\u00e9capiter \u2013 le mouvement des Enrag\u00e9s qui r\u00e9clamait une v\u00e9ritable \u00e9galit\u00e9, rassurant ainsi les marchands et les banquiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cas d\u2019Ha\u00efti illustre le filtre de la dette : dans le sillage de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, la population noire de Saint Domingue, cette \u00eele domin\u00e9e par l\u2019\u00e9conomie de plantation, se r\u00e9volte et abolit l\u2019esclavage ; l\u2019arm\u00e9e ha\u00eftienne va m\u00eame l\u2019emporter sur des troupes de l\u2019empereur. Mais que fait la France sous Charles X ? Maintenant en bonne entente avec les Anglais, elle impose un blocus \u00e9conomique total qui contraint le gouvernement ha\u00eftien \u00e0 accepter un d\u00e9dommagement faramineux des planteurs expuls\u00e9s, une dette quasi impayable qui fait perdurer l\u2019\u00e9conomie d\u2019exportation, donc la d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des anciens colonisateurs ou de la nouvelle puissance coloniale, les \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le droit de vote dans les \u2018d\u00e9mocraties\u2019 occidentales, \u00e9tait limit\u00e9 aux hommes blancs nantis. Quand il s\u2019\u00e9tend, au 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, d\u2019autres filtres sont mis en place, essentiellement par le contr\u00f4le de l\u2019opinion publique. La presse ouvri\u00e8re est en d\u00e9clin (ne peut faire face aux co\u00fbts de publication). Les conglom\u00e9rats m\u00e9diatico-industriels et financiers que nous connaissons aujourd\u2019hui commencent \u00e0 se mettre en place. Et en dernier recours, les classes dominantes peuvent toujours avoir recours \u00e0 la violence, comme ce fut le cas lors de l\u2019\u00e9crasement de la Commune de Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Les conqu\u00eates sociales sont toutes le fruit de luttes, jamais le r\u00e9sultat b\u00e9n\u00e9fique de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Si les combats ouvriers ont pu aboutir, c\u2019est en partie \u00e0 cause de la faiblesse que repr\u00e9sentait la centralisation de l\u2019approvisionnement en \u00e9nergie. Une gr\u00e8ve des cheminots ou des mineurs pouvait paralyser l\u2019\u00e9conomie d\u2019un, voire de plusieurs pays. Les classes dominantes devaient choisir entre une d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative \u00e0 canaliser et un r\u00e9gime totalitaire ; beaucoup ont choisi la seconde option.<\/p>\n\n\n\n<p>En Russie en 1917 une deuxi\u00e8me r\u00e9volution pr\u00e9par\u00e9e par la guerre am\u00e8ne le parti bolchevik au pouvoir. Le r\u00eave d\u2019un v\u00e9ritable pouvoir aux soviets (conseils de travailleurs) est tr\u00e8s vite enterr\u00e9, d\u2019autant que l\u2019intervention \u00e9trang\u00e8re renforce la bureaucratie et conduit \u00e0 un capitalisme d\u2019\u00c9tat. Ici Scheidler met en \u00e9vidence des parall\u00e8les entre la pens\u00e9e de L\u00e9nine et celle de grands bourgeois d\u00e9fendant des int\u00e9r\u00eats de classe comme Madison ou de planificateurs tayloristes comme Rathenau en Allemagne. Pourtant la Russie \u2018sovi\u00e9tique\u2019 repr\u00e9sentait la hantise des dirigeants occidentaux, qui devaient trouver comment \u00e9viter une d\u00e9mocratie v\u00e9ritable sans pour autant laisser la population se tourner vers le l\u00e9ninisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Walter Lippmann \u00e9nonce les principes d\u2019une d\u00e9mocratie dirig\u00e9e, o\u00f9 le \u00ab troupeau d\u00e9rout\u00e9 \u00bb (349 \/ 291) est guid\u00e9 par une \u00ab classe experte \u00bb, habilit\u00e9e \u00e0 comprendre la complexit\u00e9 des enjeux. Ces th\u00e8ses trouvent un prolongement dans les travaux d\u2019Edward Bernays sur la propagande (1928), comment manipuler la pens\u00e9e, ceci en s\u2019appuyant sur les partis, l\u2019universit\u00e9 (apparemment beaucoup plus au service de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat dans les pays germanophones ?) et les m\u00e9dias. Seul probl\u00e8me, il y a des gens qui s\u2019obstinent \u00e0 penser par eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>En Allemagne en 1918, la r\u00e9volution spartakiste reste aux mains des ouvriers et des soldats qui s\u2019organisent en conseils et paralysent l\u2019empire. Ce qu\u2019ils voulaient c\u2019\u00e9tait abolir le \u00ab militarisme et [le] capital priv\u00e9 par l\u2019autogestion ouvri\u00e8re \u00bb (356 \/ 297). Mais ils ont \u00e9t\u00e9 an\u00e9antis par des corps francs proto-fascistes rassembl\u00e9s par les dirigeants du parti social-d\u00e9mocrate au pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peu pr\u00e8s au m\u00eame moment, le parti national fasciste est cr\u00e9\u00e9 en Italie du Nord, en r\u00e9ponse aux conseils ouvriers qui \u00e9tablissaient une forme d\u2019autogestion dans les usines et les grandes exploitations agricoles. Partout o\u00f9 pointait la menace de l\u2019autod\u00e9termination, nous trouvons la tentation ou la mat\u00e9rialisation d\u2019un pouvoir totalitaire chez les grands industriels et propri\u00e9taires fonciers. Pourtant entre 1936 et 1939, la Catalogne et quelques autres provinces espagnoles d\u00e9montrent l\u2019efficacit\u00e9 d\u2019une production sans chef. Jusqu\u2019\u00e0 ce que ces exp\u00e9riences d\u2019autonomie ouvri\u00e8re soient \u00e9cras\u00e9es par Franco avec l\u2019aide de l\u2019Allemagne nazie (et l\u2019aide indirecte, par sabotage, du parti communiste fid\u00e8le \u00e0 Moscou, ainsi que l\u2019aide logistique de l\u2019Occident). Partout on peut observer la collusion entre le grand capital et le pouvoir fasciste. L\u2019admiration pour les r\u00e9gimes fascistes \u00e9tait d\u2019ailleurs tr\u00e8s r\u00e9pandue, comme en t\u00e9moignent les citations de Churchill (359\/299-300), ou le fait que le po\u00e8te irlandais W.B. Yeats ait organis\u00e9 une milice fasciste (les Chemises bleues). Il faut pourtant \u00eatre conscient que les mouvements fascistes, aujourd\u2019hui comme dans les ann\u00e9es 20 et 30, sont suivis par des traumatis\u00e9s dont la haine du syst\u00e8me est manipul\u00e9e pour sauver ce m\u00eame syst\u00e8me (363 \/ 303). Le nazisme a pouss\u00e9 la logique exterminatrice \u00e0 son paroxysme, mais il n\u2019est pas une forme d\u2019aberration barbare : \u00ab Le pire massacre de l\u2019humanit\u00e9 plonge ses racines au c\u0153ur de la \u2018civilisation\u2019. \u00bb (365 \/ 304).<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 10, intitul\u00e9 \u2018<strong>M\u00e9tamorphoses<\/strong>\u2019, porte sur l\u2019apr\u00e8s-seconde guerre mondiale jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Il s\u2019ouvre sur la mise au point et l\u2019utilisation de la bombe atomique. Au-del\u00e0 du contexte de la fin de la guerre et de l\u2019avantage que ces explosions d\u00e9vastatrices ont donn\u00e9 aux \u00c9tats-Unis sur l\u2019URSS, le projet Manhattan illustre l\u2019application de la technoscience \u00e0 l\u2019\u00e9chelle industrielle et dans un secret qui la coupe de la soci\u00e9t\u00e9 ; les innombrables \u2018essais nucl\u00e9aires\u2019 qui ont eu lieu par la suite repr\u00e9sentent une v\u00e9ritable guerre mondiale contre la Terre. Le d\u00e9veloppement du \u2018nucl\u00e9aire civil\u2019 est militairement important puisque c\u2019est ainsi qu\u2019est produit le plutonium.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la p\u00e9riode que l\u2019on a appel\u00e9e a posteriori les \u2018Trente Glorieuses\u2019, il semble que Capital et Travail se soient r\u00e9concili\u00e9s : bien des demandes des travailleurs des pays occidentaux sont accord\u00e9es par peur de l\u2019extension du communisme, et aussi parce que les ressources sont disponibles, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019exploitation redoubl\u00e9e des colonies. Capitaux et techniques sont d\u00e9sormais disponibles pour produire \u00e0 l\u2019envi des objets dont le d\u00e9sir a \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9. Ainsi la voiture individuelle, qui se g\u00e9n\u00e9ralise pendant ces d\u00e9cennies, est une absurdit\u00e9 \u00e9conomique et environnementale, mais il fallait que tournent les usines automobiles, que les fabricants de pneus \u00e9coulent leur marchandise et que les compagnies p\u00e9troli\u00e8res vendent leur essence. C\u2019est ainsi qu\u2019aux \u00c9tats-Unis, un consortium de ces trois int\u00e9r\u00eats a d\u00e9mantel\u00e9 les r\u00e9seaux de transports publics. C\u2019est alors aussi qu\u2019\u00e9merge le mythe de la croissance du PIB comme gage de prosp\u00e9rit\u00e9, alors qu\u2019il est tr\u00e8s lucidement mis en cause par Robert Kennedy.<\/p>\n\n\n\n<p>Les <strong>luttes de lib\u00e9ration nationale<\/strong> se d\u00e9veloppent et vont aboutir \u00e0 des ind\u00e9pendances formelles, parfois au terme de guerres terribles (Alg\u00e9rie, Indon\u00e9sie, Indochine, qui va devenir la guerre du Viet Nam\u2026). L\u2019Inde pr\u00e9sente un profil particulier&nbsp;: Gandhi y pr\u00f4ne avec succ\u00e8s le refus d\u2019ob\u00e9issance et l\u2019autosubsistance ; les Anglais accordent l\u2019ind\u00e9pendance sans utiliser la violence, mais en instillant la division religieuse par la Partition, qui va se solder par un bain de sang. Apr\u00e8s l\u2019assassinat de Gandhi, son successeur Nehru mettra en \u0153uvre des principes diam\u00e9tralement oppos\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Les anciens colonisateurs vont conserver leur pouvoir par le biais de l\u2019id\u00e9ologie du d\u00e9veloppement et l\u2019endettement qu\u2019ils induisent en finan\u00e7ant de grands projets inutiles. Les populations sont sacrifi\u00e9es au mirage du Progr\u00e8s. Quand un gouvernement fait mine de mettre en place des politiques visant un v\u00e9ritable d\u00e9veloppement autonome, il est promptement renvers\u00e9. C\u2019est le cas de Mossadegh en Iran (qui avait nationalis\u00e9 le p\u00e9trole), de Guzman Arbenz au Guatemala (qui redistribuait les terres \u00e0 ceux qui les cultivent, ce qui allait \u00e0 l\u2019encontre des int\u00e9r\u00eats de la United Fruit), de Lumumba au Congo (\u00e9limin\u00e9 par la CIA et le gouvernement belge, et remplac\u00e9 par Mobutu Sese Seko, qui va piller le pays), de Sukarno en Indon\u00e9sie, remplac\u00e9 par le fantoche Suharto, qui proc\u00e8de \u00e0 une chasse aux communistes faisant plus d\u2019un million de morts et permet aux multinationales de mettre le pays \u00e0 sac).<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant les ann\u00e9es 60, culminant en 1968-69, sont marqu\u00e9es par une v\u00e9ritable r\u00e9volution mondiale : il ne s\u2019agit pas seulement de droits civiques et de r\u00e9partition des richesses, mais de changer la vie, de lib\u00e9rer l\u2019homme unidimensionnel (Marcuse), de rompre avec les quatre tyrannies (le march\u00e9, la violence d\u2019\u00c9tat, le pouvoir id\u00e9ologique et la pens\u00e9e lin\u00e9aire qui s\u2019accompagne de la domination de l\u2019homme sur la nature). La convergence des mouvements repr\u00e9sente un vrai danger pour la m\u00e9gamachine (2<sup>e<\/sup> vague du mouvement f\u00e9ministe, d\u00e9fense des droits des minorit\u00e9s, d\u00e9fense de l\u2019environnement avec la cr\u00e9ation de Greenpeace et des Amis de la Terre, publication du rapport Meadows en 1972, multiplication des communaut\u00e9s de vie, r\u00e9volution p\u00e9dagogique).<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9action prend plusieurs formes : la r\u00e9pression violente comme \u00e0 Paris, Berkeley, Mexico, Prague, dans l\u2019Ohio ou au Br\u00e9sil) ; l\u2019infiltration dans des groupes d\u2019extr\u00eame-gauche et la mise en place de r\u00e9seaux paramilitaires fascistes comme Gladio, ce qui a comme r\u00e9sultat une \u2018strat\u00e9gie de la tension\u2019 ; de puissants groupes de r\u00e9flexion comme la Commission trilat\u00e9rale (US, Europe, Japon) en 1973 et son id\u00e9ologue de choc Samuel Huntington. La \u2018Grande R\u00e9gression\u2019, c\u2019est ce qu\u2019on a appel\u00e9 la r\u00e9volution n\u00e9olib\u00e9rale, une r\u00e9action conservatrice en \u00e9conomie, politique et id\u00e9ologie qui profite de la crise de la dette pour imposer des transformations sociales profondes (\u00e9conomie de la d\u00e9possession)&nbsp;: (1) baisse des salaires, \u00e9vasion fiscale, baisse du co\u00fbt des ressources naturelles par la mise \u00e0 genoux des pays producteurs incapables de rembourser leurs dettes suite \u00e0 l\u2019augmentation des taux directeurs et le recours forc\u00e9s au FMI et \u00e0 la Banque mondiale, avec \u2018programmes d\u2019ajustement structurel\u2019 ; (2) expansion des activit\u00e9s sp\u00e9culatives (privatisation des profits, socialisation des pertes, refrain connu) ; (3) destruction par la privatisation d\u2019infrastructures n\u00e9cessaires au fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 comme la sant\u00e9, l\u2019enseignement, les transports, la distribution d\u2019eau. Pourtant ce n\u2019est pas exactement du cannibalisme : la m\u00e9gamachine ne se mange pas elle-m\u00eame contrairement \u00e0 ce qu\u2019\u00e9crit Scheidler.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 la mani\u00e8re brutale dont l\u2019exemple le plus parlant est le coup d\u2019\u00c9tat de Pinochet, pr\u00e9par\u00e9 par la CIA, le 11 septembre 1973 (les camionneurs \u00e9taient pay\u00e9s pour ne pas circuler, ils avaient d\u00fb remettre une pi\u00e8ce essentielle au d\u00e9marrage, qu\u2019ils n\u2019ont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e qu\u2019au lendemain du coup d\u2019\u00c9tat), plus efficace sans doute sur le long terme, la propagande am\u00e8ne \u00e0 croire que chacun est responsable de son bien-\u00eatre, ne doit rien attendre des pouvoirs publics et se m\u00e9fier de toute contrainte. Nous constatons dans le m\u00eame temps une r\u00e9gression de la pens\u00e9e critique, la privatisation des m\u00e9dias et la disparition des partis socialistes (devenus partis du centre-droit, acquis au n\u00e9o-lib\u00e9ralisme dans les faits sinon dans le discours).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019Est, grand d\u00e9mant\u00e8lement. En URSS, Andropov, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Parti communiste pendant 15 mois, s\u2019\u00e9tait attaqu\u00e9 \u00e0 la corruption et avait en vain tent\u00e9 de redresser l\u2019\u00e9conomie (c\u2019est lui qui envoie l\u2019arm\u00e9e se faire d\u00e9rouiller en Afghanistan, parfaitement conscient que la mission \u00e9tait impossible). Conscient du danger pour l\u2019\u00e9conomie, Gorbatchev a lanc\u00e9 des r\u00e9formes fondamentales mais qui devaient pr\u00e9server l\u2019orientation socialiste ; il a \u00e9t\u00e9 balay\u00e9 par les apparatchiks devenus oligarques avec \u00e0 leur t\u00eate Boris Elstine, soutenu par l\u2019Occident, qui vont effectuer une v\u00e9ritable razzia sur l\u2019\u00e9conomie. Quand le Parlement veut s\u2019y opposer, Eltsine envoie l\u2019arm\u00e9e, et ce coup d\u2019\u00c9tat est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 dans les m\u00e9dias occidentaux comme une victoire de la d\u00e9mocratie ! La Chine semble r\u00e9ussir un certain \u00e9quilibre entre ouverture au march\u00e9 et contr\u00f4le \u00e9tatique, mais la politique \u00e9conomique fait des dizaines de milliers de paysans d\u00e9plac\u00e9s, laisse des ouvriers sans protection sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les interventions occidentales au nom de la d\u00e9mocratie laissent des \u00e9tats livr\u00e9s aux narco-traficants et \u00e0 la guerre de clan, voir l\u2019Irak et la Libye.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme signal\u00e9 plus haut, l\u2019endettement des pays du Sud les livre aux conditions impos\u00e9es par le FMI et la Banque mondiale. C\u2019est notamment le cas du Mexique, d\u00e9vast\u00e9 une seconde fois (apr\u00e8s Cort\u00e8s), d\u2019autant que s\u2019ajoutent les clauses de l\u2019ALENA (accord de libre-\u00e9change en Am\u00e9rique du Nord), qui tuent son agriculture et son industrie. Les villes qui vivaient de l\u2019industrie n\u2019ont plus comme ressources que le trafic de drogue et la prostitution.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re section du chapitre explore les limites sur lesquelles bute le syst\u00e8me : \u00e9puisement des ressources ; accidents nucl\u00e9aires ; crises financi\u00e8res (seulement 20% des transactions contribuent \u00e0 la production, des solutions existent mais vont \u00e0 l\u2019encontre des int\u00e9r\u00eats de capitalistes) ; effritement de la loyaut\u00e9 citoyenne et mont\u00e9e du nationalisme, du rejet de l\u2019autre (islam), de partis fascistes ; limites de la biosph\u00e8re : le syst\u00e8me d\u00e9truit ses propres conditions d\u2019existence (extinction des esp\u00e8ces, \u00e9rosion et empoisonnement des sols, \u00e9puisement des ressources hydriques et mont\u00e9e des oc\u00e9ans\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9gamachine se pr\u00e9cipite dans le mur et ses pilotes jouent \u00e0 l\u2019aveuglette sur divers r\u00e9gulateurs, ce qui ne fait finalement qu\u2019empirer la situation. Car les seuls outils qui pourraient maintenant nous \u00eatre d\u2019une aide quelconque n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vus : un frein et une marche arri\u00e8re. (439 \/ 364)<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 11 pr\u00e9sente des \u2018<strong>Possibilit\u00e9s<\/strong>\u2019 de se soustraire \u00e0 l\u2019emprise de ce syst\u00e8me de domination que Scheidler nomme la m\u00e9gamachine, ou, ici le syst\u00e8me-monde capitaliste. Si l\u2019on pense \u00e0 la fin de l\u2019empire romain, l\u2019effondrement n\u2019est pas n\u00e9cessairement n\u00e9gatif. N\u00e9anmoins la situation actuelle pr\u00e9sente trois facteurs de risque : (1) la pr\u00e9sence de suffisamment d\u2019ogives nucl\u00e9aires pour faire sauter la plan\u00e8te ; (2) la destruction avanc\u00e9e de nos \u00e9cosyst\u00e8mes et (3) les probl\u00e8mes d\u2019approvisionnement que pr\u00e9sente une civilisation hautement urbanis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur insiste sur la convergence et la coop\u00e9ration, ce qui exclut l\u2019existence d\u2019un plan directeur. Il faut d\u00e9sencha\u00eener l\u2019imaginaire, sortir de la roue du hamster o\u00f9 la frustration conduit \u00e0 la consommation compulsive et ainsi \u00e0 davantage de servitude volontaire (La Bo\u00e9tie) et de frustration. Opposer \u00e0 l\u2019accumulation du capital des logiques de solidarit\u00e9. Il pr\u00f4ne un archipel d\u2019initiatives, dont chacune est insuffisante, mais qui pourraient se combiner pour provoquer un point de bascule. Les pistes qu\u2019il explore recoupent la plupart des chantiers d\u2019ATTAC.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les pr\u00e9alables, il convient de couper les vivres aux multinationales et aux grandes banques en arr\u00eatant toute subvention et en traquant l\u2019\u00e9vasion fiscale, d\u2019affaiblir le complexe m\u00e9tallurgique et des \u00e9nergies fossiles. La reconversion n\u00e9cessaire, ce n\u2019est pas la \u2018transition\u2019 vers des \u00e9nergies renouvelables, qui ne fait que d\u00e9placer le probl\u00e8me, voire l\u2019aggraver. Il donne en exemple l\u2019initiative \u2018Red\u00e9marrer la Suisse\u2019 avec des \u2018voisinages\u2019 d\u2019environ 500 personnes.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le Green Deal de l\u2019UE (qui n\u2019est m\u00eame pas adopt\u00e9) ne fait que moduler les proc\u00e9dures, toujours dans une optique de croissance, le Green New Deal propos\u00e9 par Pollin et Chomsky vise la justice sociale et le passage du profit au bien commun.<\/p>\n\n\n\n<p>En cas de nouvelle crise financi\u00e8re (qui semble in\u00e9vitable), il ne faut plus que les pouvoirs publics \u2018sauvent\u2019 les banques priv\u00e9es \u00e0 tout prix et sans condition, mais au contraire interviennent rapidement pour sauver les d\u00e9p\u00f4ts n\u00e9cessaires, instaurent un contr\u00f4le public solide et red\u00e9finissent le r\u00f4le des institutions financi\u00e8res. Sp\u00e9culation et privatisation en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re peuvent \u00eatre enray\u00e9es si l\u2019on favorise la socialisation des terres et des immeubles. Ceci s\u2019applique \u00e9galement au monde du savoir (et donc exclut la brevetabilit\u00e9 du vivant).<\/p>\n\n\n\n<p>Les dettes, qu\u2019elles soient priv\u00e9es ou publiques, sont une forme de violence structurelle servant \u00e0 consolider le pouvoir des cr\u00e9anciers. Elles peuvent \u00eatre d\u00e9nonc\u00e9es comme odieuses ou ill\u00e9gitimes et r\u00e9pudi\u00e9es, et\/ou compens\u00e9es par une fiscalit\u00e9 progressive sur les grandes fortunes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fonctionnement actuel des march\u00e9s favorise l\u2019exploitation de l\u2019homme et de la nature&nbsp;; il faut changer de cadre juridique, comme le projet lanc\u00e9 en Autriche qui vise \u00e0 remplacer la comp\u00e9tition par la coop\u00e9ration, les grandes entreprises seraient contr\u00f4l\u00e9es par les travailleurs et les r\u00e9mun\u00e9rations plafonn\u00e9es (392). Les march\u00e9s doivent en tout cas \u00eatre contr\u00f4l\u00e9s, de m\u00eame que les flux de capitaux. Ajoutons qu\u2019il faudrait red\u00e9finir la cr\u00e9ation mon\u00e9taire \u00e0 partir d\u2019une th\u00e9orie de la valeur bas\u00e9e sur la r\u00e9mun\u00e9ration du travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient \u00e9galement de red\u00e9finir la croissance, de r\u00e9orienter l\u2019agriculture, de revenir \u00e0 la production d\u2019objets durables (voir Olivier Hamant).<\/p>\n\n\n\n<p>Retrouver du sens passera par l\u2019auto-organisation du travail, des \u00e9changes, par une revivification de la d\u00e9mocratie : des conseils locaux tant au plan politique qu\u2019\u00e9conomique, un contr\u00f4le citoyen des prises de d\u00e9cision par des repr\u00e9sentants. Nous soulignons le r\u00f4le de m\u00e9dias alternatifs, <em>Blast<\/em>, <em>Global News<\/em>, <em>WikiLeaks<\/em>, <em>Thinkerview<\/em> ou plus modestement <em>L\u2019Asymptomatique<\/em> ou des blogs comme celui de Lordon ou de Jorion, ou Condroz belge\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pour surmonter l\u2019apartheid au niveau mondial, les r\u00e8gles du commerce international doivent \u00eatre modifi\u00e9es et les migrations salu\u00e9es comme des mouvements de population induisant une r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux derniers points concernent la d\u00e9militarisation (dont nous ne prenons pas le chemin actuellement, h\u00e9las) et la n\u00e9cessit\u00e9 de coop\u00e9rer avec la nature au lieu de la dominer, et pour cela de respecter des traditions culturelles bas\u00e9es sur des rythmes de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration. Par contraste, la m\u00e9gamachine s\u2019accommode fort bien des g\u00e9nocides quelle qu\u2019en soit la cause (guerre, famine, \u00e9pid\u00e9mie, chaleur\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>*<\/p>\n\n\n\n<p>Chacune de nos rencontres \u00e9tait enrichie d\u2019\u00e9changes lat\u00e9raux, notamment sur la subtilit\u00e9 des photos pr\u00e9sent\u00e9es c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, et de suggestions bibliographiques dont voici quelques-unes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Frantz Fanon, <em>Les Damn\u00e9s de la terre<\/em>, 1961&nbsp;; <em>Peau noire masque blanc<\/em>, 1952<\/p>\n\n\n\n<p>Silvia <strong>Federici<\/strong>, <em>Caliban et la sorci\u00e8re. Femmes, corps et accumulation primitive<\/em> (essai traduit de l\u2019anglais par le collectif Senonevero, revue et compl\u00e9t\u00e9e par Julien Guazzini), Entre-mondes, 2014<\/p>\n\n\n\n<p>Amitav <strong>Gosh<\/strong>, <em>La Mal\u00e9diction de la muscade. Contre-histoire de la modernit\u00e9 <\/em>(2022) (traduit de l\u2019anglais par Morgane Iserte), Le Monde qui vient, 2024<\/p>\n\n\n\n<p>David Graeber, <em>Bullshit Jobs <\/em>(traduit par \u00c9lise Roy), Les Liens qui Lib\u00e8rent, 2018<\/p>\n\n\n\n<p>David <strong>Graeber <\/strong>et David Wengrow, <em>Au commencement \u00e9tait\u2026 Une nouvelle histoire de l\u2019humanit\u00e9<\/em> (traduit par \u00c9lise Roy, Les Liens qui Lib\u00e8rent, 2021)&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>Olivier Hamant, <em>Antidote au culte de la performance : la troisi\u00e8me voie du vivant<\/em>, Gallimard Tract, 2023<\/p>\n\n\n\n<p>David Harvey, <em>Villes rebelles. Du droit \u00e0 la ville \u00e0 la r\u00e9volution urbaine<\/em> (trad. Odile Demange), Buchet\/Chastel, 2015<\/p>\n\n\n\n<p>Sven <strong>Lindqvist<\/strong>, <em>Exterminez toutes ces brutes. L\u2019Odyss\u00e9e d\u2019un homme au c\u0153ur de la nuit et les origines du g\u00e9nocide europ\u00e9en<\/em> (trad. Alain Gnaedig), Le Serpent \u00e0 plumes, 1999.<\/p>\n\n\n\n<p>Timothy Mitchell, <em>Carbon Democracy. Le pouvoir politique \u00e0 l\u2019\u00e8re du p\u00e9trole<\/em> (trad. Christophe Jacquet), La D\u00e9couverte, 2013<\/p>\n\n\n\n<p>Timoth\u00e9e <strong>Parrique<\/strong>, <em>Ralentir ou p\u00e9rir. L\u2019\u00e9conomie de la d\u00e9croissance<\/em>, Le Seuil, 2022<\/p>\n\n\n\n<p>Thomas Piketty, <em>Le Capital au XXIe si\u00e8cle<\/em>, Le Seuil, 2013<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u2014 , <em>Capital et id\u00e9ologie<\/em>, Le Seuil, 2019<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> Walter <strong>Rodney<\/strong>, <em>Et l\u2019Europe sous-d\u00e9veloppa l\u2019Afrique. Analyse historique et politique du sous-d\u00e9veloppement<\/em>, \u00e9ditions Carib\u00e9ennes, 1986 (pas trouv\u00e9 le nom du traductaire)<\/p>\n\n\n\n<p>Elie Sadigh, <em>La Nouvelle th\u00e9orie \u00e9conomique, <\/em>L\u2019Harmattan, 2012<\/p>\n\n\n\n<p>Shlomo Sand, <em>Comment le peuple juif fut invent\u00e9<\/em>, traduit de l\u2019h\u00e9breu par Sivan Cohen-Wiesenfeld et Jeannine Levana Frenk, Fayard, 2008&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9ric Vuillard, <em>La Guerre des pauvres<\/em>, Actes Sud, 2019<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u2014 , <em>L\u2019Ordre du jour<\/em>, Actes Sud, 2021<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u2014 , <em>Une sortie honorable<\/em>, Actes Sud, 2022<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fabian Scheidler, La Fin de la m\u00e9gamachine(traduit de l\u2019allemand par Aur\u00e9lien Berlan), Seuil, 2020 (lecture collective) Introduction&nbsp;: Nous observons une corr\u00e9lation directe entre ce qui est bon pour le capitalisme et ce qui d\u00e9truit la biosph\u00e8re, l\u2019habitabilit\u00e9 de la terre. 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